Toussensemb toussensemb ouaiouais
Par Naqdimon Weil

NAQDIMON fait son malin

Bon, alors, voilà, je rentre à peine de vacances et, paf!, c’est déjà le résultat des législatives. Je ne vais pas m’étendre sur la soirée télé, je ne l’ai pas regardée, je suis curieux mais pas totalement masochiste, non plus. En revanche, en sautillant de chaîne en chaîne avant d’aller me promener ailleurs, j’ai entendu une petite phrase qui m’a sévèrement titillé le neurone à élection et ce n’est pas la première fois. C’est Brice Teinturier qui l’a balancée, sur la 2, je crois.

Moi, j’avoue, je l’aime bien, Brice, il est sympa et en plus, il est calme, ça repose. Quand il explique les choses de la sondagerie, il est gentiment pédagogue et il n’a pas trop l’air de vouloir donner des leçons, le vrai bon garçon, quoi. En plus, il est toujours bien propre sur lui, la mèche proprement peignée, la cravate bien droite, pas un brouillon comme Olivier Duhamel ou un vieux sage grommelant du haut de sa montagne comme Roland Cayrol. Un peu comme Pascal Perrineau, mais en plus jeune.

On l’imagine bien aller se faire un petit tennis après l’émission, entre copains et siroter un thé glacé au clubhouse ensuite, en causant de l’avenir de la France avec Pascal Reynié. Il doit être sympa, dans la vie courante, le Brice, du genre à savoir apporter une bonne bouteille aux soirées, un petit Pessac-Léognan de derrière les fagots que lui a conseillé Juppé. Ou un dessert de chez Conticini, un truc frais et léger, qui va avec tout, comme le dit Hidalgo. Et pas le style à protester si le rôti est trop cuit, non, non, il avale poliment son morceau de carne caoutchouteux en félicitant la maîtresse de maison, même s’il vient de croquer dans une tête d’ail entière. Vraiment, un type bien, Brice.

Et dans son boulot, pareil. Des années qu’il essaye calmement d’expliquer que les sondages, c’est pas Madame Irma, ça ne vous raconte pas ce qui va arriver, ça donne des tendances, ça explique des impulsions et des comportement, mais pas plus, hein ! Le tout en jonglant avec des modèles mathématiques super costauds, c’est dire s’il en a dans la caboche, M’sieur Teinturier. Un cador, je vous dis.

Alors, franchement, une crème de bon garçon comme ça, professionnel et sérieux et tout et tout, ça ne devrait pas se laisser aller à la facilité langagière qui me hérisse le poil et qu’il a encore ressortie dimanche soir. Je veux parler de la phrase à la con « Les Français ont décidé de… ». Mais nom de Dieu de nom de Dieu de bordel de moi-même, qu’est-ce ça peut me foutre en rogne, cette formule débile! En gros, si on croit cette tarte à la crème des soirées électorales, les Français, enfin, disons les électeurs français, se sont tous réunis et ils se sont répartis la tâche, genre « Alors, toi, Marcel, tu votes Macron, René, tu te cognes la Droite, Ginette, ce qui reste de socialistes et, ah, ouais, je sais, désolé, Mouloud, toi, tu te fades Marine ». Mais c’est complètement con, comme idée, ça! L’électeur, quand il vote, il ne va se mettre à espérer perdre comme ça, ça équilibrera les forces, des fois que. Il ne s’est pas mis d’accord avec son voisin ou sa belle-sœur pour savoir si l’extrême-Blonde aura un groupe à l’Assemblée ou si on va prononcer la mort cérébrale du PS. Il vote pour ou il vote contre, point, mais il ne fait pas du billard à 18 bandes. Parce que si « Les Français ont décidé que… », moi, ils ne m’ont pas prévenu, les Français, ils ne m’ont pas invité à discuter de la distribution des rôles, dommage, ça aurait sûrement été une soirée sympa, 45 millions d’électrices/teurs sur une place, en train de causer gentiment ensemble et de se dire qui fait quoi, pour que les choses soient bien en place. Moi, le jour où ça se fait, je m’y précipite, ça va être un sacré apéro!

Mais, en attendant, comme je n’y crois pas des masses, je vais continuer à aller  voter pour le candidat le plus proche ou le moins éloigné de moi. Comme environ les 45 millions d’autres possesseurs de la carte d’électeur, d’ailleurs.

Et sans qu’on se mette d’accord.

par Naqdimon Weil

Naqdimon by Ranson

# [Les derniers articles de Naqdimon Weil]

La une de Charlie