Travailler plus pour… travailler !
Par Thierry Rocher , le 8 octobre 2013

Thierry ROCHER renvoie la censure

 

Depuis quelques jours, et l’ouverture des Leroy-Merlin et Castorama le dimanche, j’ai entendu un festival de conneries qui m’a légèrement agacé. Travailler le week end, pour vendre des perçeuses  ou jusqu’à minuit des parfums, chez Séphora  sur les Champs-Elysées et pourquoi pas vendre des sex-toys à trois heures du matin (c’est souvent à cette heure-là que les imprévoyants s’aperçoivent du manque !) ou trouver un mac do ouvert à 4 heure du mat’ parce que ses propres toilettes sont bouchées, c’est l’avenir, et c’est une vision moderne de la société et de la vie ! Entendons-nous bien, j’aime pouvoir faire ce que je veux, selon mes envies, à n’importe quelle heure ! Mais mon plaisir ne doit être en aucune façon lié au sentiment de servitude.
Alors, je comprends tout à fait les jeunes, les étudiants qui bossent le dimanche pour subvenir à leurs besoins. Mais que ce soit uniquement les témoignages de ces gens-là qu’on passe en boucle et qu’on n’entende pas les employés de 45 ans  à qui on impose le pseudo volontariat et à que l’on prive d’activités avec leurs enfants a quelque chose d’indécent. Et l’indécence, c’est cet écran de fumée, c’est de mettre en avant le travail du dimanche pour éviter de parler des vrais problèmes. Le vrai problème, c’est le montant du salaire subi au quotidien qui force les gens à travailler le dimanche pour s’en sortir avec, à la clé, les contrats de deux jours pour les étudiants. Le fond du problème est là, et non qu’une « mesure rétrograde » pourrait empêcher M. Michu d’aller acheter des clous pour construire la niche de Médor.
La question majeure du travail dominical, c’est avant les gains que cela représente , les sacrifices que cela implique, et en premier lieu, les enfants. Les enfants qu’on ne voit pas grandir, selon l’adage mainte fois écouté. Ces enfants délaissés qui vont aller retrouver d’autres gamins désœuvrés pour faire des conneries « banlieusardes » qu’on n’aura pas vu venir comme on dit. Mais pour la bonne pensée libérale et les politiciens à courts termes, poujadiste jusqu’au fond de la culotte, ce ne sont là que des combats d’arrière-garde, des visions du passé, des journées où, finalement, on s’emmerdait en famille.

C’est vrai que s’emmerder en famille, c’est déjà être avec l’autre et le regarder grandir. Il est des bonheurs simples qui ne se quantifient pas. Ne pas voir plus loin que le bout de son nez, si c’est une caricature de la politique, c’est malheureusement le dénominateur commun de tous les cons qui s’époumonent en ce moment. Ah ils ont dû jubiler, les humanistes Pascal Delfosse ou Philippe Zimmermann de Leroy-Merlin ou Véronique Laury, patronne de Castorama, à voir les employés leur servir la soupe en faisant signer les clients du dimanche une pétition en leur faveur. Rassurant aussi de voir ces clients dire haut et fort qu’ils aiment faire leur course avec leurs enfants sans penser que ceux qui les servent ne peuvent faire la même chose. Des Delfosse, Zimmermann ou Laury qui n’ont pas dû délaisser souvent leurs rejetons le dimanche sauf, peut-être, pour un golf à St-Nom la Bretèche ou un pince-fesses à Deauville.

Le gouvernement va maintenant plancher pour mettre de l’ordre dans les règles du jeu difficiles à comprendre aujourd’hui. Et peut-être, à l’arrivée, contrôler que le volontariat est …volontaire.

Alors, un petit bémol quand même pour les syndicalistes, vrais défenseurs de l’opprimé mais souvent aussi des profiteurs de différents systèmes archaïques qu’on met facilement dans le même panier sous l’alibi de la solidarité. Je ne tomberai pas dans l’angélisme et garderai jusqu’au bout ma lucidité qui m’aurait empêché de devenir, dans une autre vie, un bon syndicaliste convaincu.

Alors, pour tous ceux qui travaillent le dimanche pour une juste cause, à savoir la gastronomie et qui permettent de nourrir en famille les syndicalistes, les patrons, et mes proches, et peut-être un jour les étudiants de Casto ou de Leroy-Merlin quand ils boycotteront Mac Do et les khébab, je dirais : « Et encore bravo ! »

par Thierry Rocher

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