Twitter ou la sélection virtuelle

par | 16 Fév 2021

S’il existe de nombreuses inventions qui révolutionnèrent l’humanité telle la roue ou la pointeuse électronique, il en existe d’autres dont l’inutilité notoire n’a pu que rendre son inventeur milliardaire. Car je vous le demande, même s’il est possible que le titre de cette chronique ait pu vous mettre sur la voie, que serions-nous sans Twitter? Twitter, version moderne du Télex et du déballage public des sms, permet d’écrire en quelques caractères entrecoupés de croisillons pour les hashtags et d’arobases pour rendre visible un interlocuteur, une fulgurance qui échappe à tout le monde sauf à son auteur.  

L’évènement qui résume à lui seul Twitter se produisit, le jour du décès de Nelson Mandela, le 5 décembre 2013: Paris Hilton (une femme jadis connue pour être célèbre), confondant Mandela avec Martin Luther King, utilisa ce réseau social pour rendre hommage à «son» discours «i have a dream». C’était beau, un de ces moments où la poésie le dispute à l’absurde: Un vieil homme meurt en Afrique du Sud, ça émeut une jeune femme à Los Angeles, puis, par ricochet, sa réaction provoque le fou rire d’un mec dans un bar à vin en Corse. Malheureusement, c’était un «fake»… un petit malin avait simplement piraté le compte twitter de la starlette pour se foutre de sa gueule. Le coup avait si bien pris que la «pauvre» jeune femme se fit incendier par la twittosphère.
Larmoiement, ignorance, moquerie, fake, indignation, insulte, voilà la quintessence de ce qu’est Twitter.

Fort de ses 192 millions d’utilisateurs quotidiens monétisables dans le monde (internautes qui se sont connectés sur une journée, et qui ont été exposés à une publicité), Twitter fait la pluie et l’ouragan médiatique.
Ayant ses propres règles d’utilisation, on s’indigne quand un con n’a plus accès à son compte parce qu’on se doute qu’un jour ou l’autre on risque d’être ce fameux con à qui l’on prive de faire joujou avec des croisillons et des arobases. Sans parler de ces jolies mises au pilori quotidiennes qui vous donnent l’impression que le monde n’est plus régi que par un millier de connards plus ou moins anonymes s’offusquant entre deux likes.

En paraphrasant Desproges qui définissait ainsi la rumeur, nous pourrions en conclure: Il est sale, il est glauque et bleu, insidieux et sournois, d’autant plus meurtrier qu’il est impalpable. On ne peut pas l’étrangler. Il glisse entre les doigts comme la muqueuse immonde autour de l’anguille morte. Il sent. Il pue. Il souille. C’est Twitter.

Certes, il suffirait de s’en foutre, de se déconnecter en attendant que les gazouillis cessent, de prendre ce nuage vide pour ce qu’il est… mais apparemment cela semble impossible. «Je chouine donc je suis» est la nouvelle référence existentielle. Twitter semble être devenu autant indispensable pour s’exprimer qu’il n’est la hantise de ceux qui s’expriment tout en craignant de voir voler sur eux la horde des twittos indignés venus leur chier dessus en escadron virtuel.
Gare au «bad buzz» et au mot plus haut que l’autre qui pourrait faire bondir les fanatiques du premier degré.
Une accusation sur Twitter fait de l’accusé: un coupable, un condamné, et un exécuté en moins de temps qu’il n’en faut pour appuyer sur une chasse d’eau. Petite nouveauté, cette fois-ci, c’est la merde qui fait le ménage.

Par Anthony Casanova

Par Anthony Casanova

Anthony Casanova est le directeur de publication et le rédacteur en chef du journal satirique Le Coq des Bruyères.
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