Un drame passé sous silence
Par Naqdimon Weil , le 10 mai 2016

Les valeurs de Mr NAQDIMON

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Les grandes douleurs sont muettes mais elles ne sont pas moins cruelles pour autant.

Comme chaque année en ces époques printanières, la France croule sous les jours fériés, qui ralentissent son déjà bien trop lent rythme de travail. Je ne vais pas faire ici le réquisitoire de ces tragiques habitudes de célébrer tout et n’importe quoi au mépris des heures travaillées, car la liste serait trop longue et qu’il n’est pas question que les nervis des syndicats marxisants viennent faire le pied de grue devant chez moi. Mais je tenais à souligner que, parmi ces surnuméraires jours indûment chômés – je ne parle évidemment pas dans ce cas des traditionnelles fêtes catholiques, qui font l’âme de la France, mais de toutes les autres célébrations nettement plus discutables – il en est un qui a une saveur particulièrement amère en ce qui concerne toute une catégorie de Français et qui, au nom de l’unité nationale, devrait être supprimé.

La journée chômée à laquelle je fais allusion est, bien évidemment, celle du 8 mai. Si d’aucuns célèbrent à cette occasion la victoire de la finance cosmopolite alliée aux envahisseurs anglo-américains sur la première tentative d’unité européenne, on jette pudiquement un voile opaque sur une tragédie cachée à cette occasion. Car, si les rastaquouères étatsuniens et les colonisateurs britanniques firent effectivement reculer dans ses frontières naturelles l’assez envahissante Allemagne, pour la plus grande joie du vulgus pecum, de nombreux Français patriotes connurent à ce moment-là le drame de l’exil. Oui, je dis bien net et je le crie bien haut, on oublie un peu facilement les malheureux réfugiés de 1945.

J’en veux pour exemple de nombreux membres de ma famille qui, pour de sombres raisons de jalousie populaire, durent quitter la Mère Patrie pour aller trouver refuge soit en Argentine, soit au Chili, grâce à l’aide discrète mais toujours efficace de l’Église, rejoignant sur place des organisations caritatives germaniques. Mes oncles se virent ainsi obligés de partir vers ces terres semi-sauvages pour avoir simplement tenté de rapprocher les peuples européens en une grande fraternité amicale. Ma tante, victime d’une soudaine chute de cheveux intégrale, cachait son crâne nu sous une opulente perruque blonde, pour pouvoir continuer à interpréter « Lily Marlen » dans les cabarets de Buenos Aires, sans que nul ne songe à la plaindre. Ces courageux visionnaires furent de bien innocentes victimes de cette soi-disant victoire et ne purent rejoindre la Patrie que de nombreuses années plus tard, ne retrouvant parfois même pas le fruit du labeur accumulé entre 1940 et 1944, malgré les nombreux procès qu’ils intentèrent à cet effet.

Alors, maintenant que l’eau a largement coulé sous les ponts et que les passions se sont apaisées, je pense qu’il est plus que temps de faire disparaître cette bien inutile célébration, au nom de ceux qui en ont tant souffert. De plus, cela fera gagner une journée de travail à la Nation, ce qui n’est pas non plus négligeable.

La semaine prochaine, je vous indiquerai les meilleurs coins de pêche au gros dans la Caraïbe et le meilleur moyen de défiscaliser votre séjour sur place.

par Mr Naqdimon

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