Un enfant tartare
Par Romain Rouanet

C’est arrivé près de chez quelqu’un

Premier animal domestiqué de notre histoire, entre le paléolithique et le néolithique, le chien est considéré comme le meilleur ami de l’Homme et de la Femme. D’abord parce qu’il nous a aidé à survivre aux dangers impitoyables d’un quotidien précaire mais aussi parce qu’il est capable de faire des choses que nous ne pouvons pas faire : renifler puis tenir à l’arrêt un perdreau, rester fidèle ou lâcher une crotte sur le trottoir sans être gêné par les passants. Mais le chien possède aussi certaines bizarreries, bien éloignées du comportement typique de l’être humain lambda : il accepte volontiers de se faire essuyer les pieds dessus, il aime manger son propre vomi ou continue de te considérer avec une déférence paillassonne même quand tu lui savates l’arrière-train à coup de trique. En gros, un chien c’est comme un chroniqueur de TPMP sauf que parfois, on peut rencontrer des chiens intelligents. Pour autant qu’il se constitue en compagnon idéal pour ceux qui ont peur de la solitude, des voleurs ou de mal élever leur premier enfant, le chien reste un animal, toujours sauvage même après de longs millénaires de soumission forcée.

Le mercredi 7 Juin à Aigues-Mortes, Gard, un enfant en bas-âge en a fait la traumatisante expérience. Alors que le petit garçon de trois ans donnait en tout bien tout honneur un fruit au chien de son grand-père, ce dernier – le chien, pas le grand-père – a mordu la joue du gosse en guise de représailles, ce qui tend à prouver que nos amis canidés préfère encore et toujours une bonne viande juteuse à des pulpes sucrées tels de vulgaires carnistes. Quand il a voulu s’interposer – le grand-père, pas le chien – il s’est fait mordre à son tour au bras. C’était évidemment une grosse erreur. Tout le monde sait qu’il faut pas approcher les doigts quand un chien est au dessus de sa gamelle.

On apprend que le chien en question ne faisait pas « l’objet d’une mesure réglementaire spécifique », c’est-à-dire qu’il n’était pas d’une race susceptible d’arracher des mollets sur une envie ou parce qu’il a sauté le goûter. En effet, c’est « un chien comme tout le monde peut en avoir à la maison », qui a toujours été agréable et poli avec les voisins, jamais un aboiement plus haut que l’autre, il était même impliqué dans des associations canines, non, vraiment, jamais on ne pouvait imaginer une telle chose, on peut vraiment être sous le choc.

A cette heure, le chien a sûrement déjà été euthanasié jusqu’à ce que mort s’ensuive, parce que c’est à l’américaine qu’on règle nos histoire d’animaux à quatre pattes un peu trop agressifs. Pas de tribunal et une sentence capitale. Ce n’est évidemment pas au goût de tout le monde.

Il y a ceux qui se plaignent qu’on ne fasse pas pareil aux animaux qui se tiennent sur les pattes de derrière, qui étranglent leur femme ou mettent des sédatifs dans la grenadine des adolescentes. Il y a ceux qui invoquent la légitime défense : l’attaque incompréhensible du chien, sans antécédent jusqu’alors, est la réponse directe à une provocation initiale ; un geste maladroit, un comportement déplacé ou une remarque mesquine. Ce ne serait pas non plus étonnant, un gamin de trois ans étant presque aussi bête qu’un chien intelligent, les accidents de communication arrivent. Il y a ceux qui pensent que c’est la faute du ramadan, des cinq ans de gauchiasse molle et/ou des terroristes. Puis il y a ceux qui auraient préféré qu’on euthanasie le petit garçon. Si tu veux mon avis, ce sont sûrement des végans, ceux-là.

(l’info originale sur le site du Midi Libre)

Par Romain Rouanet

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