Un voile dans les idées
Par Anthony Casanova , le 27 février 2018

Anthony CASANOVA est politiquement correct

Depuis quelques mois, le féminisme, les Droits des Femmes et l’universalisme sont sur toutes les lèvres. Si le débat est riche, il est parfois caricatural lorsque les échanges se font sur les réseaux sociaux où il est ardu d’avoir un discours nuancé. Dernièrement, Rokhaya Diallo, chroniqueuse médiatique et présidente de l’association Les Indivisibles, était l’une des invitées de l’émission de France Inter Grand bien vous fasse ! dont le sujet était : « Quand nos coiffures racontent ce que nous sommes ».

Si Rokhaya Diallo ne porte pas le voile, elle n’en est pas moins une militante pro-voile. Dans la logique de son prisme idéologique communautariste, elle s’était déjà illustrée en signant une tribune pour ne pas soutenir Charlie Hebdo après que les locaux du journal furent détruits par un jet de cocktails Molotov en novembre 2011. On ne s’étonnera donc pas si parmi ses propos tenus lors de l’émission de France Inter, elle a choisi notamment de mettre en exergue celui-ci sur les réseaux sociaux : « Aujourd’hui on a des femmes qui pour des raisons religieuses choisissent de masquer leurs cheveux et on remarque que cela irrite, comme si le corps des femmes devait toujours être à disposition ».

Il est intéressant de noter que pour Rokhaya Diallo le voile – qui jusqu’à preuve du contraire ne couvre que les cheveux – serait en réalité une protection du corps dans son intégralité. Vous pensiez que pour ne pas être nue, une femme devait simplement porter des vêtements or Diallo nous dit le contraire : les habits c’est bien mais le voile c’est mieux pour ne pas être « à disposition ». Par « disposition » gageons qu’elle entend par là « se faire draguer », « harceler », voire « violer ». En plein débat sur le consentement, Diallo nous raconte que porter les cheveux au vent serait une forme de consentement.

Alors que partout dans les pays musulmans, des femmes luttent pour ne plus avoir à se voiler car elles savent que ce fichu imposé est un symbole de l’oppression qu’elles subissent, en France et dans d’autres démocraties, des hommes et des femmes militent pour la « liberté » de se voiler. Un voile qui signifierait, outre une très grande piété, un désir de ne pas être « à disposition ». Or se voiler « librement », c’est dire tacitement : « Les femmes sont des tentatrices, seules celles qui se couvrent les cheveux méritent le respect des hommes », et donc convenir que les hommes et les femmes ne sont pas égaux.
Il n’y a aucune liberté dans le fait de se voiler : c’est au pire une façon de ne pas être vilipendée par son entourage et au mieux une soumission librement consentie. Si de nombreuses femmes voilées en France expliquent leur geste par la crainte d’être insultées ou agressées, Diallo mélange la peur des unes d’être considérées « à disposition » par leur entourage et le « choix » des autres de s’imaginer plus vertueuses que les femmes qui exhibent un « consentement » capillaire.

Si pour les femmes obligées de se voiler, la laïcité est un phare de liberté ; pour celles qui se voilent sans qu’on ne les y incite, la laïcité est vécue comme une « persécution ». Une « persécution » non pas envers les musulmans, puisqu’on peut croire en Allah sans être voilée, mais une « persécution » envers leur sectarisme religieux et idéologique. Se voiler « librement » n’est pas un geste anecdotique, c’est un geste politique. Il ne faut pas oublier que le voile est apparu dans les écoles françaises en juin 1989, c’est-à-dire quelques mois après la création du Front Islamique du Salut en Algérie, et que la burqa a fait son apparition en France après l’arrivée au pouvoir des Talibans en Afghanistan (1996).

C’est pourquoi il n’est pas surprenant qu’une femme « librement » voilée tienne parfois les mêmes propos sectaires sur le monde qu’un imam radicalisé. Et ce n’est pas un hasard si en quelques semaines deux égéries de la « liberté » de se voiler, le mannequin Amena Kahn de L’Oréal et la chanteuse Mennel Ibtissem de TF1, furent rattrapées par leur endoctrinement. C’est ce constat qui fut mis à la Une du Coq des Bruyères, la semaine dernière, par le dessinateur Ranson. Le dessin, repris sur les réseaux sociaux par la Licra, fit polémique au point d’émouvoir aussi bien le député de la République En Marche, Aurélien Taché, que Hani Ramadan et Alain Soral qui nous ont accusés, tous les trois, de racisme. Être accusé de racisme par deux antisémites notoires et un con, cela reste un plaisir de gourmet.

Au Coq des Bruyères, et je le dis sans avoir consulté mes coreligionnaires satiriques avec qui j’ai la joie de travailler toutes les semaines, le voile n’est pas un habit quelconque c’est un symbole d’oppression. S’il n’est nullement question d’invectiver les femmes qui portent le voile, on ne se privera pas de dire à ceux qui voilent les femmes et à celles qui le portent « librement » que le voile islamique n’est ni plus ni moins que le drapeau de la discrimination envers toutes les femmes libres ou en quête d’émancipation.

par Anthony Casanova

Anthony Casanova par Babouse

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