Veuillez croire mais en silence
Par Anthony Casanova , le 15 décembre 2015

Anthony CASANOVA est politiquement correct

Anthony Casanova par Babouse
Un homme préhistorique peignant un mammouth à l’envers, le message caché d’un type gravant un cercle barré sur une pyramide ou parce que je-ne-sais-qui est persuadé que lorsque Uranus sera dans le cul de Pluton la Terre disparaîtra, il y a autant de raison de croire en l’irrationnel que dans rire.

Mais depuis la nuit des temps, des hommes ont cru au savoir de Zeus, Jésus, Mahomet ou Élisabeth Teissier. Que le passé, la nature, les étoiles, les Dieux et le marc de café avaient l’omniscience totale. Ce qui est amusant, c’est de voir à quel point un croyant peut trouver une autre croyance absurde. Tu pries à genoux ? t’es con puisque c’est sur un pied que la prière est vraiment efficace. Tu crois que les chats noirs portent malheur ? t’es con puisque ce sont les hiboux qui portent la poisse.

Si les croyances ont toutes un folklore qui leur est propre, elles ont pourtant une base commune : nous ne serions décisionnaires de rien. La vie serait un passage, une étape où l’on doit en baver pour avoir droit à un monde meilleur. Un monde toujours plus beau, plus simple, éternel… mais pour cela, il faudra mourir. Eh oui, vous ne pensiez pas que ce serait si simple ? Vous ne pensiez pas que la vie est déjà assez compliquée pour ne pas y rajouter un petit sacrifice bien sanglant.

Du pape François à Abou Bakr al-Baghdadi, tous sont persuadés qu’un pouvoir suprême nous gouverne. Que nous ne sommes que des pions dont eux seuls connaissent les vraies règles. Que nous ne sommes que des ignorants qui partent à l’abattoir sans le savoir. Pauvre de nous ! Alors, nous les remercierons plus tard, ils passent leur vie à essayer de réglementer la nôtre. Il faut se faire une raison : ils ne nous feront pas plus changer d’avis que nous ne perturberons leur foi. Nous essayons de faire ce qu’on peut de notre vie, ils veulent que nous fassions ce que la vie veut de nous. On leur parle d’avenir entre nos mains, ils nous causent de destinée entre les mains des Dieux. C’est insoluble.

Personnellement, je ne vois qu’une seule alternative : le plaisir. Jouir non pas du moment présent, mais du moment tout court. Montrer que leur trouille viscérale de l’existence ne nous effraye pas. Que le soir de la fin du monde, on picolera et on trinquera au lendemain qui n’arrivera que trop tôt…
Et le soir de la fin de l’année ? On s’embrassera en fêtant une révolution solaire ! Car le dernier jour de l’année, nous vieillissons plus que les autres jours. Sans doute parce qu’on se sent obligé de faire le « bilan ». Ce que l’on a fait, ce que l’on a raté… les grandes joies et les petits malheurs… les nouveaux visages dans nos vies, et les sourires de ceux qui nous manquent tellement que nous en devenons des disciples de La Palice, en se lamentant que « la vie est trop courte » pour être triste, ne serait-ce que deux jours par an.

Non, la fatalité n’est pas de notre bord. C’est pour ça qu’on « lutte », que l’on fait grève, qu’on gueule, qu’on rit, qu’on s’emporte, et que l’on tend la patte aux chats perdus… parce que l’on sait trop bien que nous n’aurons pas d’autres vies pour espérer être heureux, même si le bonheur nous semble éphémère. Ce que nous pouvons nous souhaiter, c’est de faire un pacte avec les croyants de toutes chapelles : Qu’ils nous fichent la paix une fois pour toute dans cette vie-ci, nous leur promettons, en retour, de leur confier les clés de celle d’après.
C’est ça la laïcité. C’est ça la condition pour notre liberté.

par Anthony Casanova

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