Victimisation coupable
Par Guillaume Meurice

Guillaume MEURICE défraye sa chronique

« Vous en avez marre de toute cette racaille ? On va vous en débarrasser ! » vitupérait Nicolas Sarkozy face à une citoyenne excédée lors de la campagne présidentielle de 2007. Magistral coup de communication de la part du spécialiste en la matière, qui prétendait alors lutter contre sa plus fidèle alliée : l’insécurité. Comme si un marchand de sirop pour la toux feignait d’avoir pour objectif l’anéantissement de la grippe. Comme si un individu qui pariait sur la peur prétendait souhaiter la disparition du danger.
Manuel Valls, en bon élève et digne héritier, semble avoir parfaitement assimilé ce principe de base de la stratégie électorale. Contrairement à sa collègue ministre de la Justice qui enchaîne les preuves flagrantes de son immaturité politique. Ainsi, quelle stupéfaction pour le ministre de l’Intérieur d’entendre Christiane Taubira prétendre qu’il faille résoudre le problème de surpopulation carcérale, aménager les peines, voire même réduire le nombre d’emprisonnements. Un véritable travail de sape au cœur même des centres pénitentiaires de formation de la délinquance.
Car le but inavoué de la garde des Sceaux serait en fait d’enrayer la spirale de la récidive, et ainsi réduire le nombre de crimes et de délits sur l’ensemble du territoire. Une démarche insensée dénoncée également par les membres de l’UMP, très inquiets à l’idée de voir la situation évoluer en leur défaveur, et perdre alors toute crédibilité quant à une prochaine campagne basée sur la répression. Un laxisme aussi coupable que des condamnés désormais considérés comme des êtres humains et non des statistiques.
Dès lors, tout est à craindre des prochaines propositions de loi émanant de la ministre de la Justice. Dans une crise de délire permissif, va-t-elle vouloir faciliter l’accès aux tribunaux pour les plus démunis ? Aura-t-elle bientôt l’outrecuidance de considérer la délinquance financière plus néfaste à l’équilibre d’une civilisation que les vols de mobylettes ? Ira-t-elle jusqu’à scier la branche sur laquelle elle refuse de s’asseoir ? Celle où poussent les fruits de la passion destructrice des tactiques politiciennes.
Toutefois, pas de raison de paniquer. Si par le plus grand des hasards, le projet de réforme pénal arrive à son terme et si l’insécurité diminue dans les faits, persistera toujours le fameux « sentiment d’insécurité ». Celui savamment entretenu par les reportages de TF1, les unes du Point et l’orchestration de faits divers sordides. Celui tout entier tourné vers un souci de méfiance réciproque entre les sinistrés d’une société inégalitaire. De division des principales victimes.
Un sentiment d’insécurité qui mériterait pourtant d’être davantage inspiré par la médiocrité manifeste, l’arrivisme forcené et le manque de probité de bon nombre des élus de la République. Toute cette racaille dont nous serions bien inspiré de nous débarrasser.

 

par Guillaume Meurice

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