Vilaine presse et gentils salauds
Par Anthony Casanova , le 18 décembre 2018

Anthony CASANOVA est politiquement correct

Y a-t-il haine plus nocive que celle envers les journalistes? S’il est vrai que tous les médias ne se valent pas, qu’il peut y avoir quelques dérives, le journalisme n’en reste pas moins un corps de métier essentiel pour le bien-être de nos libertés. S’il arrive, en France comme dans d’autres pays libres, que la course au sensationnalisme pousse certains médias à négliger la hiérarchie de l’information au profit du pathos, la très grande majorité des médias font leur boulot honnêtement, consciencieusement et, surtout, librement.

Depuis l’ère d’Internet, nous sommes confrontés au fléau de la fakenews ou réalité alternative selon le degré de paranoïa et de mythomanie de ceux qui les propagent. L’ampleur de la manipulation oblige les médias à se doter de service dédié à la vérification de l’information (fact-checking), c’est Factuel pour l’AFP, CheckNews pour Libération, Les Décodeurs pour Le Monde, Vrai ou Fake pour l’audiovisuel public, autant de médias qui essayent de combattre, notamment, les mensonges qui pullulent sur les réseaux sociaux.

Si, traditionnellement, les journalistes trouvent leurs plus fervents détracteurs à l’extrême droite, la haine des médias s’est propagée dangereusement à gauche. Lors de l’université d’été de la France Insoumise en 2017, un débat intitulé «Faut-il “dégager” les médias?» donnait déjà le ton. Ce débat, animée par Sophia Chikirou, conseillère en communication et militante politique proche de Jean-Luc Mélenchon, allait donner lieu à la création, quelques mois plus tard, du site internet Le Média. Mais, suite aux nombreux manquements à l’éthique journalistique la plus élémentaire, ce média au nom aussi éponyme que péremptoire se sépara, en juillet 2018, de Sophia Chikirou qui en était la directrice. Il faut dire que madame Chikirou avait un mal fou à faire la distinction entre subjectivité et propagande.

La haine n’est jamais sans conséquence. Et à force de discréditer celles et ceux qui essayent de nous informer, on a vu des journalistes qui couvraient les manifestations des Gilets jaunes se faire agresser. Un minimum de décence et un chouia de responsabilité auraient amené tous ceux pour qui la liberté de la presse est fondamentale à condamner ces violences. Eh bien ce ne fut pas le cas de Sophia Chikirou qui déclara sur Facebook le 27 novembre 2018:
«Je ne parviens pas à ressentir de compassion sincère pour ces journalistes. Leur niveau de corruption mentale, leurs mensonges et la désinformation qu’ils nous imposent, sont autant d’éléments qui justifient la colère. 
Et pour s’informer désormais, les réseaux sociaux sont plus sûrs. (…) Quand la télé et la radio désinforment, les citoyens trouvent le moyen de se passer les infos!  Évitons de donner le prétexte aux journalistes de se victimiser. Ne les lynchez pas: ne leur parlez pas, ne les lisez pas et ne les regardez pas

Méfions-nous de ceux qui conspuent la presse. Ils accusent les médias d’être aux ordres d’un hypothétique système parce qu’ils enragent que la presse ne soit pas à leur botte. Et c’est une maladresse qu’ils s’empressent très vite de rectifier une fois qu’ils franchissent les portes du pouvoir.

PS: Le Coq des Bruyères prend sa pause solsticiale, alors, en vous souhaitant une joyeuse révolution solaire, on se donne rendez-vous le mardi 8 janvier 2019.

par Anthony Casanova

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