Volvic chinois
Par Chraz , le 21 octobre 2014

CHRAZnique

Oyez oyez, heureux contribuables,

Vive la mondialisation qui nous évite de devoir prendre l’avion pour aller admirer les jolis monuments de l’étranger au risque de finir dans la mer ou avec la tête en moins. Eh oui, notre époque est chouette parce qu’on n’a plus besoin de voyager pour apprécier l’exotisme, même en architecture. Par exemple, à Clermont, pour voir de la pierre italienne, il suffit de regarder le parvis de Polydôme, place de Jaude on peut admirer la jolie pierre du Vietnam, Pas la peine d’aller à Pékin pour s’émerveiller devant la lave chinoise, il y a la Fontaine de Montferrand, l’Hôpital Estaing, le parvis de la Grande Halle, la gare de Riom et le Carré Jaude. Et comme ces pierres ressemblent grain pour grain à celle de Volvic, on est dépaysé à moindre frais. Aujourd’hui, à part la maison subventionnée du Panoramique des Dômes et sa gare, en Auvergne, tout est asiatique, les cailloux, les restaus, et même les frelons et les coccinelles !

On va bientôt s’en mettre plein la lampe avec le Saint-Nectaire américain, le Cantal australien et le Saint-Pourçain de Californie !

C’est comme ça : bien que ce soit un tantinet plus lourd à transporter que des fringues ou des jouets en plastique, même les pierres sont moins chères si on va les chercher à l’autre bout de la terre, c’est super. Vous vous rendez compte de la galère que c’était avant, quand on croyait que nos cailloux à nous étaient les meilleurs, comme l’avait fait l’évêque Hugues de la Tour pour la cathédrale en 1248 ? Ce couillon croyait économiser du pétrole en grattant nos anciens volcans et au final le circuit court lui a coûté la peau des fesses, bien fait pour sa gueule, même que l’URSSAF attend encore les charges sociales ! Mais bon, c’était déjà la crise au 13ème siècle et on n’avait pas 36 choix, exactement comme maintenant. Soit on achète français et les prolos acceptent de s’asseoir sur la sécu et sur leur retraite, soit on achète ailleurs et… euh, c’est pareil !

Heureusement qu’on arrive à trouver des matériaux un peu moins chers parce que cette foutue cathédrale de Clermont ne va bientôt plus être aux normes et il va bien falloir la démolir pour en refaire une autre, avec de meilleurs accès handica… euh, pour les personnes à mobilité réduite, des bancs ignifugés, un ascenseur pour monter en chaire, des alarmes incendie jusque dans le bénitier, des caméras de surveillance anti-pédophiles dans les confessionnaux et des vitraux sans plomb par peur du saturnisme. Et tant qu’on y sera, autant en faire une plus économique, et le plus tôt sera le mieux parce que depuis 1248 la mode a changé et elle est totalement has been.

Pour moderniser la première, qui datait du Vème siècle, Pépin le Bref l’avait bousillée en 760. En 764, l’évêque Haddebert l’avait faite reconstruire par des maçons portugais, et redémolie en 915, alors faut que ça bouge, Brico Dépôt s’impatiente.

Profitons-en également pour faire ce nouveau lieu de culte économe en énergie, comme le siège du Conseil Régional. On peut financer ça en revendant la pierre d’origine aux touristes chinois en petits morceaux pour en faire des pendentifs.

Espérons tout de même qu’à l’occasion de l’absorption de Rhône-Alpes par l’Auvergne, le diocèse de Clermont ne sera pas jumelé avec celui de Lyon et que les messes ne seront pas délocalisées, sinon même avec 80% d’aides européennes, ça va nous faire des frais pour rien !

Et puis merde, dans ce cas-là, on se remboursera en exportant les nems de Saint-Flour, les rouleaux de printemps de Super Besse et le riz cantonais des Quatre-Routes-de-Nébouzat !

par Chraz

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