Les voyants, charognards du désespoir
Par Anthony Casanova

Anthony CASANOVA est politiquement correct

Loin des huées accompagnant un dessin satirique qui utilise l’humour pour fustiger l’horreur tout en désacralisant la fatalité, il existe des êtres qui, exhibant leur «science» occulte à tous les passants, seront toujours à l’abri de la vindicte populaire. Ainsi a-t-on appris que les parents de la petite Maëlys, disparue lors d’un mariage le 27 août dernier, ont reçu «l’aide spontanée» d’un «médium».

N’écoutant que leur «vision», toute une bande de Madame Soleil et de Monsieur Tarot ont alors créé un groupe sur le réseau social de Monsieur Zuckerberg pour partager les trouvailles que l’analyse pointue d’urine de rat ou de ligne de mes fesses leur révèle. Plusieurs médias ont relayé «l’info» sans émettre la moindre critique sur les grosses ficelles opportunistes de ces «détectives» ésotériques.

«Médiums» selon les médias, «voyants» selon les clients, et charlatans pour les intimes, ils sont là, tapis dans l’ombre, guettant le fait-divers avec une boule de cristal, du marc de café et des cartes à jouer prêtes à être tirées à la tronche de la première larme qui passe. Telle une mouche reniflant la merde à des kilomètres, les «voyants» accourent sans honte et sans décence vers ceux qui souffrent pour leur vomir du baratin extralucide entre deux couches d’horoscope.

Les médiums-voyants-charlatans sont divisés en deux catégories: Les illuminés et les ordures. Les premiers sont généralement des personnes censées qui déraillent complètement lorsqu’elles nous parlent de la Lune, d’Uranus, et d’une improbable volonté qu’aurait l’Univers à nous raconter notre avenir. Les seconds, eux, se reconnaissent facilement en tarifant leur méfait.

Insulte caractérisée à la quête humaine de la rationalité, les médiums-voyants-charlatans entretiennent l’ignorance et la dépendance pour escroquer ceux qui ne savent plus vers qui se tourner. Rien ne les arrête, et si le récit d’une enfant kidnappée provoque l’émoi chez n’importe quel quidam, le médium-voyant-charlatan, quant à lui, n’y voit qu’un jackpot professionnel.

En ayant tout juste le niveau empathique du cafard, le médium-voyant-charlatan aurait pu dire aux parents de la petite Maëlys: «dans votre situation, je me dois de vous dire la vérité… la voyance c’est une entourloupe… alors, certes ce n’est pas glorieux mais mon unique don c’est l’arnaque.» Or, si en médecine on se réfère au serment d’Hippocrate pour nommer le minimum syndical de la déontologie, dans le charlatanisme nul serment de Nostradamus qui tienne.  Car pour peu que l’on retrouve la petite Maëlys morte, tous les médiums-voyants-charlatans iront taper à la porte de la famille en deuil pour leur proposer de rentrer en contact avec l’esprit de la gosse.

Ô Raspoutine de gouttière s’accrochant à la détresse humaine avec plus de pétulance qu’un morpion sur un poil pubien, vous êtes la preuve (malheureusement) vivante qu’il n’y a que les humains qui peuvent être inhumains. Lorsque le médium-voyant-charlatan montre les étoiles du doigt, la sagesse élémentaire nous incite à le lui faire bouffer. Avec un peu de chance il en crèvera, faut se méfier de la viande avariée.

par Anthony Casanova

Anthony Casanova par Babouse

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