Wauquiez ou le Ravi de la crèche
Par Anthony Casanova

Anthony CASANOVA est politiquement correct

Alors que Macron et Philippe consolident leur mainmise sur la droite libérale, le parti LR n’a rien trouvé de mieux -ou de pire- que d’élire Laurent Wauquiez à sa tête. Les militants de LR, qui se sont déjà fait piquer une partie de leur programme par le gouvernement, ont choisi de mettre en avant des idées que personne n’aura envie de leur prendre.

Comme il y a eu une droite anachronique qui a trépigné 150 ans avant d’accepter la Révolution française, il y a, aujourd’hui, une droite passéiste qui n’arrive toujours pas à digérer la séparation des Églises et de l’État, «mai 68», voire le passage à l’an 2000. Une droite qui fait de la nostalgie et de l’aliénation des mœurs ses «Valeurs actuelles». Cette même droite qui a cru bon de se refaire une jeunesse au sein du mouroir de la «Manif pour tous». Cette droite, qui aux USA est représentée par le «Tea Party», et qui réussit la prouesse de faire perdre irrémédiablement son camp en gagnant une élection.

Avec Wauquiez, la nouvelle droite empeste la naphtaline: conservateur pour ne pas dire complètement réactionnaire sur les sujets de société, lui qui avait manifesté au premier rang contre le mariage pour tous, avance fièrement avec Nadine Morano et Guillaume Peltier vers le chemin du passé. Peltier et Morano, on ne fait pas mieux comme béquilles lorsqu’on souhaite se casser la gueule. Le jeune Peltier anciennement d’extrême droite et Morano qui appelait, en 2012, les «électeurs du Front National, qui partagent (ses) valeurs à se retrouver sur (sa) candidature» ont l’ambition de faire renaître la droite en siphonnant les thématiques de l’extrême droite.

D’ailleurs, chaque année, Laurent Wauquiez a la lubie d’installer sa crèche de Noël dans le hall de l’Hôtel de Région Auvergne-Rhône-Alpes. Cette fois-ci, il a inauguré une exposition de santons représentant cinq scènes de la Nativité à côté d’un sapin. Ce marronnier électoraliste des crèches dans les établissements publics est insupportable. Pourtant la loi du 9 décembre 1905 est explicitement limpide: «Il est interdit, à l’avenir, d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l’exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires, ainsi que des musées ou expositions (article 28)».

Lorsqu’un élu impose une crèche dans la maison de l’État, il bafoue tout autant les fondements de la République que s’il accrochait un portrait de Louis XIV dans la salle du conseil municipal. Wauquiez, tels ses futurs compagnons du FN, vante la laïcité dès qu’il s’agit de la religion musulmane mais se torche avec dès qu’il s’agit de la religion catholique. La laïcité a pour but d’assurer la liberté de conscience et de garantir le libre exercice des cultes. En gros, vous faites ce que vous voulez chez vous mais les établissements publics n’ont pas vocation à apporter de l’eau bénite aux moulins mystiques. C’est une loi simple et impartiale, Wauquiez la rend tortueuse et partisane.

«Les défaites morales précèdent toujours les défaites électorales» disait fort justement Henri Guaino… et en voyant la droite chercher des accointances entre ses valeurs et celles du FN, parti intrinsèquement xénophobe, elle peut en conclure que ses propres valeurs ne valent plus rien. Ceux qui sont prêts à tout pour «réussir», donnent raison à Swift lorsqu’il écrivait que «l’ambition souvent fait accepter les fonctions les plus basses; c’est ainsi que l’on grimpe dans la même posture que l’on rampe». LR va voler en éclats, le FN n’aura plus qu’à tendre les bras.

par Anthony Casanova

Anthony Casanova par Babouse

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