Il y a 12 ans l’affaire des caricatures
Par Thierry Rocher , le 5 février 2018

Thierry ROCHER renvoie la censure

Ce n’est qu’une modeste perspective que je peux apporter au débat lié à « l’anniversaire des caricatures » et à ce qui en ressort, à savoir l’éternelle question de la liberté d’expression en parallèle de la liberté religieuse et du droit à la caricature. Dans notre beau pays de France qui avait réussi à faire rentrer dans la sphère privée, la religion, il y a plus d’un siècle, il est tout à fait désolant de voir qu’on n’a pas vraiment avancé sur le chemin de la libération du poids des croyances; désolant mais pas surprenant. Peut-on être surpris par la volonté de n’importe quelle religion d’affirmer sa puissance, la certitude de posséder la vérité divine et que tous ceux qui se mettent en travers en empêchant de croire en rond doivent être pourchassés ou éradiqués ? Les siècles se sont succédé avec des religions qui ont torturé et tué au nom de dieux qui n’étaient qu’amour et fraternité. Des périodes d’apparence plus humanistes ont permis de modifier le tableau avec un fonds de commerce toujours aussi conciliant avec les pauvres, garants du système et devant permettre la pérennité du pouvoir religieux.

Pour ne parler que des deux groupes qui ont causé le plus de morts en leur nom, les catholiques et les musulmans, je veux bien que l’on soit étonné par la mollesse de l’un par rapport à l’autre à certains moments, mais le ressort du succès populaire étant le même, ce n’est qu’un mouvement de balancier qui permet, en fonction des circonstances, de voir l’un l’emporter sur son concurrent.

Et ce ressort qui permet de rassembler, d’unir autour de traditions dont l’ancienneté fait qu’on en oublie la justification, ce ressort, c’est l’interdit. L’interdit qui rassure quand on ne pense pas, surtout si on ne le comprend pas. L’interdit se décline à l’infini et s’applique en fonction des attentes et de l’évolution de la société. L’intégrisme étant la résultante d’interdits mal assimilés et d’un rejet personnel mal soigné mentalement.

La liberté d’expression et la liberté religieuse, c’est une contradiction. La caricature dérange derrière les façades de bonnes intentions. Il y a des périodes « d’accalmie », ce que les « honnêtes hommes » espèrent mais globalement, se moquer d’une puissance divine est fondamentalement inacceptable pour un croyant sincère car cette moquerie remet en cause sa croyance et la personne elle-même, dans ses fondements intimes.

On espère toujours que la société avance dans le bons sens; j’y ai cru pendant les trente premières années de ma vie mais je dois dire que depuis cette période d’avancée heureuse, le retour nocif de manivelle fait mal. Alors comme il faut bien être pragmatique, on doit se protéger le plus possible avec les garde-fous que sont les lois pour que toutes les questions religieuses restent éloignées de la sphère publique, notre bien commun.

Avant de vous laisser, mon ami, le philosophe chinois a tenu à apporter sa pierre à l’édifice de cette réflexion altruiste avec cette phrase: « Je préfère discuter avec ceux qui sont du même avis que moi car les autres sont bornés et ne veulent pas reconnaître que j’ai raison. »

Par Thierry Rocher

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