Zemmour et les martyrs
Par Anthony Casanova , le 11 octobre 2016

Anthony CASANOVA est politiquement correct

Anthony Casanova par BabouseL’ancien journaliste Eric Zemmour, reconverti depuis dans le lancer de polémique xénophobe, a tenu dans le magazine Causeur une bienveillante envolée  sur les djihadistes: «je respecte des gens prêts à mourir pour ce en quoi ils croient» tout en déplorant que l’Occident en soit incapable. Aussitôt, et fort logiquement, ça fait débat. Vous me direz que c’est le but d’un homme payé pour penser, et je ne vous contredirai pas.

Or Zemmour, loin d’être un pionnier dans ce genre de fascination morbide, suit la trace de ce journaliste américain qui, au lendemain du 11 septembre, «respectait» ces terroristes qui avaient eu le courage de se crasher en avion alors que les militaires US utilisent des missiles à longue portée.

Donc après la polémique des prénoms non francophones en France, Zemmour médite sur le respect qu’il porte envers ceux qui meurent pour des idées. Ne prenons pas la peine d’appeler Brassens à la rescousse pour lui rétorquer «Qu’aucune idée sur terre est digne d’un trépas Qu’il faut laisser ce rôle à ceux qui n’en ont pas». il serait capable d’invoquer Charlemagne et La Chanson de Roland pour tenter de nous clouer le bec:
«Felun païen mar i sunt asemblet;
Félons païens sont assemblés ici pour leur malheur
Jo vus plevis, tuit sunt à mort livrent
Je vous jure qu’ils seront tous livrés à mor
Charlemagne qui, comme chacun sait, était le roi des Francs… tout en étant Allemand alors que son paternel, lui, fut Belge. Bref, l’Histoire est ainsi faite de curieux Gaulois… mais là n’est pas le propos.

Cependant, vous l’aurez remarqué, si Brassens parle de mourir, Roland, via sa chanson, cause plutôt de tuer. Et la différence n’est en rien anecdotique. Car le problème, le vrai problème, ne vient pas de ceux qui sont prêts à mourir pour leurs idées mais surtout de ceux qui sont prêts à tuer pour elles. On peut mourir pour une idée sans être un assassin! Une grève de la faim, s’immoler par le feu, se suicider en direct à la radio ou à la télé… là, on crève pour une idée! Et il arrive que certains y voient du courage, du romantisme et éprouvent du respect. Mais quand ce même martyr décide que sa mort va être l’occasion de faire un massacre c’est complètement différent!

Si une partie de l’équipe de Charlie Hebdo, sans en avoir eu l’envie, fut assassinée pour leurs idées, les frères Kouachi, eux, sont morts après avoir massacré au nom des leurs.

Depuis l’interview de Zemmour, on l’accuse de faire l’apologie du terrorisme. Si on peut clairement s’inquiéter qu’Eric Zemmour ne distingue pas les victimes des bourreaux, il est ridicule d’imaginer un Zemmour faisant l’apologie du terrorisme. Lorsque Dieudonné exprime sa solidarité avec le terroriste antisémite Amedy Coulibaly, lorsque Jean-Marc Rouillan déclare à propos des terroristes de janvier et novembre 2015:
«Je les ai trouvés très courageux, ils se sont battus très courageusement. Ils se battent dans les rues de Paris, ils savent qu’il y a 2 000 ou 3 000 flics derrière eux, souvent ils ne préparent même pas leur sortie parce qu’ils pensent qu’ils vont être tués avant même l’opération. (…) On peut dire plein de choses contre eux (…) mais pas dire que c’est des gamins qui sont lâches»

Là oui, là oui putain! c’est de l’apologie du terrorisme! Mais Zemmour ce n’est pas ça, Zemmour c’est un va-t-en-guerre, un indécrottable taré qui ne rêve que d’une guerre de civilisation… comme si l’islamisme, et le nazisme et le stalinisme avant lui, était une civilisation alors que ce n’est tout bonnement qu’un totalitarisme comme un autre.

Soyons sérieux, ce n’est pas parce que l’on a plusieurs ennemis qu’il faut obligatoirement les mettre dans le même sac à merde.

par Anthony Casanova

# [Les derniers articles de Anthony Casanova]

Patrick FONT - Souvenirs d'un cowboy d'opérette