Antivax, tu perds ton sang-froid

par | 7 Jan 2022

Bon, voici venu le moment des vœux. Mais vu que ce millésime commence par trois assassinats de femmes par leur conjoint en trois jours, la nomination de la délinquante Agnès Buzyn et du covidiste intégriste  Jean-François Delfraissy à la légion d’honneur, l’invasion de dessinateurs désespérants de nullité squattant les réseaux sociaux qui tiennent absolument à tremper leurs pattes dans le moindre évènement médiatisé, (en l’occurrence, en ce moment, essentiellement le menton des Bogdanoff), et le prix du beurre qui s’envole à un tel point qu’on se demande si Bernardo Bertolucci aurait réussi à décrocher le budget pour tourner son «dernier tango à Paris» en 2022, je ne sais trop par quels mots je vais entamer mes souhaits. 

Donc, pour l’instant, je vais juste dire: «bonsoir», c’est plus raisonnable.
Et encore, je ne t’ai pas encore entretenu de cette polémique minable sur le drapeau européen sur l’Arc de triomphe. Je n’envie pas la position du neurone dans la boîte crânienne de tous ceux qui pensent, (encore que ce verbe me semble ambitieux en l’occurrence) que faire pavoiser 48 heures le drapeau européen sous l’arc de triomphe au moment où la France devient pilote de l’union européenne soit une insulte à la République, et même à la nation. Mais bon, quand on déteste Macron, tous les prétextes sont bons … (Et, en plus, ça rime. Même si je ne sais pas à quoi.)

Non, ce qui a attiré mon attention ces derniers temps, c’est un collègue. 
Un prof. 
Un agrégé de philo, qui n’aime pas le covid, mais encore moins le masque. Bon, moi non plus, je n’aime ni l’un ni l’autre. Quand, lors de mes balades dans le parc quasi-désert de Belle-Isle dont nous avons la chance de bénéficier à Châteauroux, je vais faire ma séance quotidienne de marche nordique, (oui, la trêve des confiseurs, c’est long à éliminer), je croise des individus isolés qui déambulent tout masque dehors, j’hésite entre deux attitudes: leur demander poliment s’ils ont peur de contaminer les arbres, ou leur mettre une grande baffe dans la gueule. 

Non, je plaisante, je suis calme, pas président de la République, même si la connerie m’emmerde aussi. Et puis, je suis chef de choeur. Et chanter avec un masque, c’est à peu près aussi jouissif que niquer avec deux préservatifs en papier de verre. Mais bon, c’est efficace, en intérieur, avec une certaine concentration humaine. C’est prouvé. 
Notre René Chiche, (le collègue), vitupère contre le masque en classe. Mouais. Passons. Mais, là où ça devient plus problématique, il se tourne aussi contre le vaccin. 

Que quelques complotistes à peu près aussi épidémiologistes qu’un prof de philo viennent s’élever pour d’obscures raisons, (on ne sait pas ce qu’il y a dedans, on va nous injecter des produits qui vous nous faire danser le twerk pendant la messe, ouin, ça fait mal, pas piquer), passe encore. Moi, perso, je dois être un esprit faible, tu me connais, je fais confiance à la science, et je suis quasi-certain que personne n’a envie de me trucider pour gagner des thunes, même si Big Pharma a la faiblesse coupable de vouloir rester à flot. Et je ne suis pas non plus suffisamment prétentieux pour songer une seconde que la capture de mon QR code puisse donner à qui que ce soit le besoin irrépressible de se repaître de mes présumées turpitudes privées.

Mais tout ça n’est, pour l’instant, pas trop grave. Ce qui l’est plus, c’est que notre collègue compare la situation dans laquelle se trouve les non vaccinés au statut des juifs pendant la dernière guerre. Et, devant la levée de boucliers légitime que suscite cette prise de position, se compare à Spinoza excommunié par la même communauté juive. Bien sûr. Rappelons à toutes fins utiles que le grand Baruch avait mis en doute l’existence de dieu, et que René Chiche refuse de se faire piquouser dans le bras. Rappelons aussi que des dizaines de milliers de soignants sont à bout, devant l’invasion des lits de réanimation par nombre de trouillards qui refusent la piquouze. Les chiffres sont têtus. Pour un million de personnes, 182 non vaccinés sont en réa, contre 15 vaccinés. Combien d’opérations déprogrammées?

Personnellement, pour résumer et revenir au début de cette chronique, je pense que ce refus de la vaccination, c’est uniquement la haine de Macron. Et que la cristallisation de cette haine se manifeste par le refus du vote pour le passe vaccinal par toute l’opposition. Personnellement, je n’aime pas beaucoup notre président, mais je pense surtout que cette haine tout à fait primaire ne suffit pas à faire un programme politique, et que toute cette opposition est en train de faire réélire notre ado attardé dans un fauteuil.

Pour changer de sujet, il y a aujourd’hui sept ans que nos amis de «Charlie-hebdo» se sont fait trucider par le terrorisme islamiste. Il faut acheter le numéro d’hier, dans lequel entre autres Gérard Biard signe un édito définitif. Et rappeler les paroles de Virginie Despentes à ce propos: 

«J’ai été aussi les gars qui entrent avec leurs armes. Ceux qui venaient de s’acheter une kalachnikov au marché noir et avaient décidé, à leur façon, la seule qui leur soit accessible, de mourir debout plutôt que vivre à genoux. J’ai aimé aussi ceux-là qui ont fait lever leurs victimes en leur demandant de décliner leur identité avant de viser au visage. J’ai aimé aussi leur désespoir. » 
Dans les Inrocks

Par Christophe Sibille

Par Christophe Sibille

Christophe Sibille a enseigné la musique à de futurs instituteurs durant 32 ans. Il a aussi écrit des brèves pour plusieurs journaux satiriques ou humoristiques dont Charlie Hebdo. Dans les années 80-90, il accompagna le duo Font et Val au piano. Il anime sur Radio Balistiq l'émission "Le Balistiq café" tous les jeudi 19 heures
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