Chambre introuvable, démocratie retrouvée

par | 21 Juin 2022

Certains ont peut-être une gueule de bois électorale en ce lendemain de législatives. Les macronistes, d’une part, qui perdent – de loin – leur majorité à l’Assemblée (245 députés pour Ensemble ! contre 308 pour la seule République en marche en 2017). Les Insoumis, de l’autre, dont la coalition Nupes se fissure déjà après que les partenaires PCF, PS et EELV ont refusé de former un groupe commun dans l’hémicycle.

Seuls Les Républicains, dont le crash annoncé n’a finalement pas eu lieu, peuvent se satisfaire d’un levier d’action suffisant pour peser sur la politique gouvernementale. Le Rassemblement national, enfin, sort grand gagnant du scrutin avec l’entrée de quelque 89 députés dans les travées de l’Assemblée. Se plaçant de facto en seconde force politique, derrière la majorité présidentielle et devant La France insoumise. 

Ce dernier événement fait criser la gauche, elle-même victime de la diabolisation de la Macronie, et tous les bons samaritains démocrates, toujours prompts à dénoncer l’arrivée de l’extrême droite « aux portes du pouvoir ». Un mot à ces messieurs au jugement si arrêté : si le RN peut concourir à une élection, il peut aussi la gagner. Pour un parti arrivé, deux fois d’affilée, en finale à la présidentielle, le dénouement est assez logique même si on le croyait – par habitude ou idéologie – hautement improbable. 

À regarder de loin la composition de la chambre basse, on peut pourtant se satisfaire d’un renouvellement démocratique inédit, et ce malgré l’hyper présidentialisme de notre régime. Un (gros) bémol toutefois : le niveau d’abstention de 53,77%, le second plus élevé pour des législatives après celles de 2017 (57,4%). Il est regrettable que cette représentation parlementaire très équilibrée le soit au détriment de la participation électorale. 

Cette législature présente, en outre, deux avantages incontestables : l’expérimentation, en profondeur, des outils et pratiques constitutionnels à notre disposition ; l’épreuve du parti de Marine Le Pen au pouvoir. Dans cinq ans – où d’ici une hypothétique dissolution de l’Assemblée –, ne sera-t-il pas d’autant plus légitime de juger de la capacité, de la pertinence et de la dangerosité de sa politique ? Notre système, jusque-là essoufflé et ballotté au rythme des élections des présidents de la République, pourrait bien trouver une nouvelle vigueur dans le retour à l’exercice parlementaire. Des partis devant nécessairement travailler ensemble afin de ne pas rendre le pays ingouvernable et ingouverné. Pari risqué mais pas perdu pour autant.

Par Gaston Lécluse

Par Gaston Lécluse

Élevée en bonne petite gauchiste, Gaston Lécluse est devenue la fierté de la famille en infiltrant un journal de droite. La seconde partie du plan : épouser un lepéniste influent et continuer d’ausculter le patriotisme, le nationalisme et l’extrême droite. Même si, en vrai, c’est pour déguster des petits fours à l’Élysée quand Marine sera présidente. Pour elle, le blasphème est une religion et la prière une hérésie. Recrutée au Coq par mégarde.
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