Laissez-moi vous compter une aventure qui m’est arrivée il y a peu. Pour fréquenter assidument les milieux de droite nationaliste et conservatrice sans en faire toutefois partie, je suis, bien sûr, très au courant de ce qui se déroule au Journal du dimanche. Une actualité que j’observe sans préjugés ni complaisance, précisons-le. Il m’est toutefois arrivé d’écarquiller les yeux – tout en étant, pour une fois, confortée dans mon intime conviction –, comme lors de cette discussion avec l’un des travailleurs de la tour Lagardère, siège du JDD, Europe 1, Paris Match et dorénavant CNews,
Le bonhomme, la trentaine, tee-shirt jaune, jean et baskets, proprement rasé et d’origine vraisemblablement maghrébine, me racontait les quelques échanges qu’il avait eu avec la nouvelle équipe estampillée Geoffroy Lejeune. Disant notamment être agréablement surpris par leur sympathie à son égard, si ce n’est leur prévenance. « Ce ne sont pas des gens d’extrême droite, en tout cas pas du tout comme on nous l’avait présenté, étayait-il. Ils sont simplement nationalistes, patriotes, ils défendent des valeurs. » En connaisseuse du sujet j’opinai de la tête, ayant toujours eu horreur de cette étiquette fourre-tout et diabolisante. Nationaliste et conservateur, c’est terre-à-terre, tangible, cela désigne quelque chose et tout un cercle de valeurs justement.
Mon interlocuteur, voyant en moi une oreille attentive et un esprit ouvert, alla plus loin dans sa « confession » : « Tu vois Thaïs sur Twitter ? C’est pareil, elle défend des valeurs, un modèle de société, un modèle familial. » Pour les néophytes, le type s’était mis à faire le panégyrique de l’ancienne porte-parole de Génération identitaire, Thaïs d’Escufon, ni plus, ni moins. Devenue influenceuse, cette dernière multiplie les saillies contre les femmes jugées « vulgaires » ou « légères », se dit « contre la mixité à l’école jusqu’au bac » et considère qu’ « une fille ayant un bodycount [nombre de conquêtes, N.D.L.R.] conséquent ne fait que révéler une chose : elle a enchaîné les hommes qui n’ont pas souhaité s’engager dans une relation à long terme avec elle ». Entre autres commentaires alter-féministes, dirons-nous.
L’homme a continué, une forme d’admiration dans la voix : « En réalité, les gens du JDD, c’est un peu le bras médiatique de ceux comme Zemmour qui veulent défendre leurs valeurs et leur nation. » C’est alors que j’ai senti deux cases s’emboîter dans mon esprit. « Dis-moi, tu es musulman pratiquant ? Dans ce cas, je comprends que tu les comprennes », lui demandai-je. D’abord, il répondit « non ». J’insistai, celui-ci m’ayant dit qu’il ne buvait pas d’alcool. Il réfléchit, hésita. « Oui, c’est vrai, sur les valeurs et le modèle familial, c’est un peu ça », finit-il par admettre.
Cet échange, lunaire, prouve une chose : il existe bel et bien une alliance objective entre conservateurs zemmouristes et les milieux musulmans pratiquants, les seconds étant in fine tout aussi identitaires que les premiers. Et, entre conservateurs rigoristes, on ne peut que s’entendre.
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