Des souris et des monstres

par | 1 Fév 2022

Cher journal,
Lorsque le dessin devient de l’art, que l’intelligence touche au génie, on ne pense pas à tout. J’irai même jusqu’à dire qu’un tas de trucs nous échappent, la preuve avec Maus, d’Art Spiegelman, qui entre chats et souris nous raconte ce que fut la Shoah et les nazis. Eh bien ce livre que nous avions l’habitude de louanger, ce bijou encensé par la critique et le public, peut-être étions-nous trop aveuglés par ce chef-d’œuvre pour ne pas en voir tous ses défauts.

Heureusement, dans une école du Tennesse, la McMinn County Schools, qui se définit comme: «Excellence in Action», les dix membres du conseil d’administration ont banni de leur programme scolaire Maus (prix Pulitzer en 1992) car: le livre est «vulgaire et inapproprié» et que « dans les écoles, en tant qu’éducateurs, [ils n’ont] pas besoin de permettre, voire de promouvoir, ce genre de choses»; Ces choses, c’est que le livre «montre des gens pendus, d’autres en train de tuer des enfants», qu’il y a «huit gros mots et l’image d’une femme» dénudée. Certes, l’une des têtes pensantes de cette école de l’excellence sait que le génocide des juifs fut «horrible, brutal et cruel» mais ce n’est pas une raison pour ne pas respecter la politesse et la bienséance, non? Oui, il est arrivé aux nazis de ne pas avoir été gentils mais quand Art Spiegelman dessine son père qui exhibe le numéro 175113 sur son avant-bras, n’est-ce pas une incitation à se faire tatouer? La jeunesse est fragile, ne l’oublions pas!   

En apprenant que son livre était censuré dans une école américaine, Spiegelman s’est dit déconcerté puis a qualifié le conseil d’administration de l’école d’«orwellien». Parions d’ailleurs que 1984 n’y est pas autorisé non plus. 
En démocratie, car on en pense ce qu’on veut mais les USA, comme la France, sont et restent une démocratie, la pensée totalitaire ne se masque jamais. Elle n’a pas le temps de faire semblant, elle dit clairement ce qu’elle va faire et attend que le peuple dise oui pour faire exactement ce qu’elle promettait. Il y a rarement de surprise. On commence par brûler un livre avant de trouver plus judicieux de faire cramer ceux qui le lisent. 

Pour les personnes qui se soucient encore de protéger leur démocratie, et qui s’aperçoivent de la fragilité de celle-ci, une citation tirée de Maus peut servir de boussole: «Mourir, c’est facile. Mais il faut lutter pour rester en vie!»

Par Anthony Casanova

Par Anthony Casanova

Anthony Casanova est le directeur de publication et le rédacteur en chef du journal satirique Le Coq des Bruyères.
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