Echec et mat au coup de poker

par | 10 Juin 2024

Pour une fois que les élections européennes avaient l’air d’intéresser les Français, Macron a réussi à faire en sorte qu’on n’en parle plus. Peu importe comment on analyse la stratégie du chef de l’Etat qui hésite entre sacrifier sa tour ou son cavalier pour obtenir un carré d’as afin de gagner une partie de billard : la mélancolie est de mise.

Loin de faire preuve de courage, de hauteur ou de dignité, Emmanuel Macron a choisi de jouer au petit politicard de sous-préfecture qui tente de prendre de court ses concurrents pour facticement redorer son blason.
Soyons sérieux, s’il avait voulu « prendre acte » du résultat, il aurait démissionné comme le général de Gaulle en 1969 plutôt que de faire de la tambouille électorale comme Chirac en 1997. On a les modèles qu’on peut.

Bref, avec la dissolution de l’Assemblée, Macron souhaite tirer parti d’une défaite pour s’en faire une victoire personnelle :
La droite n’étant pas en mesure de se relever, Macron force son implosion en débauchant certains de ses députés qui seront en difficultés pour être réélus.
La gauche ne pouvant pas encore capitaliser sur la bonne élection de Glucksmann, Macron l’oblige soit à se décrédibiliser en s’alliant et en perdant avec LFI, soit l’obliger d’assumer la défaite tout en se déchirant en interne ;
L’extrême droite, servant une dernière fois d’épouvantail pour motiver les troupes de la majorité, verra le « cordon républicain » définitivement rompu pour mieux remporter les prochaines présidentielles. 

En définitive, nous allons retourner voter pour reconduire, à peu près, les mêmes députés qui donneront à Macron la joie de passer un bel été, et peu importe que cela aboutisse à la victoire de l’extrême droite le jour où il prendra sa « retraite ». Après lui le déluge.
Or, il n’y a pas de fatalité si Place publique-PS, le PCF et EELV trouvent un programme commun (sans LFI), pour tenter de créer un dynamisme, pour ne pas dire un espoir, qui naîtrait ces prochains jours afin d’être crédible en 2027.

La politique est une affaire de choix, et la seule leçon que nous pourrions tirer à la suite des législatives, c’est de savoir si la gauche, en tournant le dos à LFI, est digne de revenir au pouvoir. Une alliance brouillonne comme la NUPES sera toujours vouée à l’échec.

C’est de cohérence et de conviction dont ont besoin les citoyens. Chacun peut présenter une liste en s’accordant pour se désister en faveur de celle qui sera le mieux placée si au second tour le RN peut l’emporter. Il ne suffit pas d’empêcher le RN d‘d’être au pouvoir, il faut aussi donner l’envie de voter pour une idée, pour un courant politique qui ne nous fasse pas honte.

Si on continue à voter sans espoir, c’est le désespoir que nous aurons au pouvoir.

Par Anthony Casanova

Par Anthony Casanova

Anthony Casanova est le directeur de publication et le rédacteur en chef du journal satirique Le Coq des Bruyères.
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