Elles haïssent les hommes

par | 3 Nov 2020

De l’essai de Pauline Hermage Moi, les hommes, je les déteste, aux propos d’Alice Coffin, nous découvrons un mot de plus en plus usité: misandre. Être misandre, faire preuve de misandrie, c’est manifester une hostilité voire une aversion à l’égard des hommes. Ici «homme» n’englobe pas l’humanité mais le sexe et le genre masculins. Bref, se dire misandre c’est assumer ne pas pouvoir saquer les mecs, les types, les gars, les bonhommes et tous ceux qui ont leur bite et leur couteau en guise de moteur. La misandrie répondrait à la misogynie tout comme la sororité répliquerait à la fraternité. Alors cris d’orfraie dans la société pour railler avec plus ou moins de virulence ces féministes radicales qui n’auraient à la bouche que du «clitoris akbar» et autres «ovaires forever» pour tout horizon.

Soyons sérieux, comment en arrive-t-on à s’offusquer, au XXIème siècle, en France, de la misandrie? Mais enfin! La misandrie ne date pas d’hier, et c’est une pensée rigolarde, jouissive et provocatrice.  Prenons en exemple Le Misanthrope de Molière, Poil de Carotte de Jules Renard, Mon oncle Benjamin de Claude Tillier, le Journal littéraire de Paul Léautaud, et une bonne partie des chansons de Brassens… bien sûr, nous ne qualifions pas ces chefs d’œuvres de misandres mais de misanthropes, la belle affaire, c’est la même chose! D’Alceste à Larry David, des dessins de Reiser aux films de Woody Allen, des livres de François Cavanna aux saillies de Pierre Desproges, la haine de l’humanité est en premier lieu une haine des hommes.

Depuis combien de millénaires dès que l’on parle de la société, il est entendu tacitement «la société des hommes»? Évidemment qu’il y a deux mille ans, il y avait aussi des femmes mais ça ne fait pas un demi siècle qu’elles comptent ou plutôt que les hommes les prennent en compte. Avant elles n’étaient qu’un utérus, un accessoire ou un trophée, alors tous ceux qui pestaient contre l’humanité, le monde, les autres ou, plus proche de nous, les «cons», ils parlaient d’une humanité, un monde, une société pensés par des hommes pour des hommes. Affirmer sa misandrie aujourd’hui n’est rien de plus que d’enlever à la misanthropie sa politesse généraliste sans se soucier du «pas d’amalgame» si cher à ceux qui ne peuvent émettre une critique de la religion sans avoir fait, auparavant, l’inventaire méticuleux de tous les cultes visés de peur qu’on ne leur reproche de taper un peu trop juste.

Si les esthètes musicaux francophones n’avaient pas les oreilles saturées des inconsistances -pour ne pas dire incontinences- fécales de Benjamin Biolay ou de Claire Pommet, dite Pomme, ils se souviendraient d’Henri Tachan, ce satiriste en vers et de sa chanson Les Z’hommes:
«Font leur pipi contre les murs, Quelquefois mêm’ sur leurs chaussures, Pisser debout ça les rassure, Les z’hommes, 
Z’ont leur p’tit jet horizontal, Leur p’tit syphon, leurs deux baballes, Peuv’ jouer à la bataill’ navale, Les z’hommes,
Z’ont leur p’tit sceptre dans leur culotte, Leur p’tit périscop’ sous la flotte, Z’ont le bâton ou la carotte, Les z’hommes,
Et au nom de ce bout d’bidoche Qui leur pendouille sous la brioche, Ils font des guerres, ils font des mioches, Les z’hommes…»

N’en déplaise aux misandres contemporaines et à leurs détracteurs, la misandrie n’est pas une nouveauté. C’est une vieille liberté que j’aime imaginer débuter par un «bonjour ma colère, salut ma hargne, et mon courroux… coucou!» Alors oui, longtemps la misandrie fut le privilège des hommes qui s’octroyaient le bonheur de vomir leurs semblables. Il était temps que les femmes puissent jouir à leur tour de ce petit plaisir, gloire à elles.

Par Anthony Casanova

Par Anthony Casanova

Anthony Casanova est le directeur de publication et le rédacteur en chef du journal satirique Le Coq des Bruyères.
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