Eloge de la naïveté

par | 7 Jan 2024

Un début d’année et une façon d’être qui se balance avec des sentiments contraires. Regard sur le monde qui se veut lucide et en même temps se calfeutrer dans un état d’esprit rassurant avec la confiance en l’homme qu’on aimerait croire bon et intelligent. Se complaire dans une ambiance chaleureuse avec comme toile de fond la naïveté. On sait que ce n’est pas vrai, mais on veut y croire. On se dit que l’être humain au fond de lui aspire à la paix, au respect de l’autre, au respect de la vie tout simplement. 

Je viens de lire le livre charmant mais aussi puissant et je dirai, à tiroirs de pensées de Georges Orwell « La ferme des animaux « . Comment recadrer une volonté d’émancipation collective avec la volonté et finalement le besoin de pouvoir individuel? Une fable animalière à plusieurs dimensions humaines.

Et hasard du calendrier je viens de commencer la lecture de quelqu’un que j’admire particulièrement Boris Cyrulnik ; « Quarante voleurs en carence affective ». Le neuropsychiatre a observé depuis très longtemps le comportement des animaux en groupe pour comprendre les modes de fonctionnement et d’action humains.  On appréhende mieux le cheminement de nos semblables quand on regarde les animaux débarrassés de cette forme de langage qui donne un statut reconnu à l’homme et lui permet d’avoir cette supériorité dont le point d’orgue est la capacité à torturer, une activité et un aboutissement qui n’habiteront jamais l’animal, dans la gratuité de l’acte bien sûr.

Ces constations faites, en ce début d’année, on est tenu de s’apercevoir qu’en 2000 ans l’homme n’a pas progressé mentalement ,et que les ressorts pour combler la quête du bonheur collectif sont les mêmes, proches du néant. Les notions de grandeur du pays, de raison du plus fort, de compétitions du muscles, et de goût du sang qui fait bander poursuivent leur route pour que la recherche du bonheur collectif perde tout son sens car il faut plus d’intelligence et d’imagination pour bâtir la paix que pour développer la guerre. 

Il y aurait eu un progrès moral si l’on servait l’homme au lieu de se servir de lui. Les tortionnaires d’hier, les Hitler, Staline, Mao ont de dignes successeurs aujourd’hui. Les leçons de l’histoire ne servent à rien. Le fanatisme « religieux laïque » d’hier a tendance a laisser place à un fanatisme religieux aujourd’hui puisque l’être humain continue à nourrir les calamités des frustrés qui nous plongent dans la bêtise collective, à savoir la volonté de puissance et de domination, teintée d’interdits, fond de commerce des manipulateurs. Le Prix Nobel de la Paix s’est essoufflé avec le temps, j’aimerais beaucoup qu’on puisse instaurer un Prix de la Bêtise, (mais qui choisir pour le jury ? Comment établir une sélection représentative?) et pas de racisme, toutes les couleurs seraient représentées; il n’y a que l’embarras du choix. 

Je repense à cette pensée de mon ami Qi Shi Tsu: « la religion , c’est un loisir comme un autre et d’ailleurs, ça ne devrait rester qu’un loisir. »

Restons naïfs les amis, ça évitera de broyer du noir (je dis ça sans racisme aucun). 

En attendant, je vais reprendre la lecture de Cyrulnik, l’intelligence peut se consommer sans modération et tant pis pour ceux qui ne le savent pas . Encore trop de gens délaissent les livres parce qu’ils pensent qu’en les lisant, ils vont les user.

Par Thierry Rocher

Par Thierry Rocher

Thierry Rocher est un auteur, comédien, humoriste qui fait où on lui dit de ne pas faire. Vous pouvez le retrouver dans la Revue de presse des Deux Ânes sur Paris Première
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