Est-ce puéril de blasphémer ?

par | 6 Jan 2023

Dire « merde à Dieu » ou « qu’Allah aille bouffer sa merde avec des morceaux de saucisson », est-ce là la véritable liberté que nous devons protéger à tout prix ? À bien y réfléchir, insulter la divinité de ceux qui prient à genoux, à quatre pattes ou en faisant le poirier, ne serait-ce pas, tout simplement, le jeu des enfants pas sages ?
Soyons sérieux, seuls les mômes s’imaginent révolutionnaires quand ils veulent uriner dans le bénitier, déféquer sur le tapis de prière en cherchant la Mecque ou se moucher fièrement et bruyamment dans leur kippa.

Adultes, on a passé l’âge des enfantillages, et même si on en vient à blasphémer artistiquement, poétiquement, intellectuellement, philosophiquement tout en invoquant la liberté de conscience voire la critique des religions : est-ce qu’on ne se mentirait pas un peu si, en définitive, nos critiques ne semblent n’être que des insultes envers les croyants ? D’ailleurs, l’argument « si tu ne crois pas, tu le gardes pour toi, et tu laisses tranquillement croire les autres », nous étant sans cesse rabâché, il serait peut-être temps de l’entendre, non ?

Le problème c’est que les croyants ne restent jamais tranquilles longtemps. Si les religions ont pour dénominateur commun de dire « je crois… », elles ne se démarquent que par leurs interdits. Lorsqu’il faut faire Cela c’est qu’il est interdit de faire Ceci. Et plus les religions ont de pouvoir, plus il devient dangereux de trouver que Ceci serait préférable à Cela. Croire en une religion, c’est déjà offenser toutes les autres.
Parce que ce n’est pas n’importe quoi une vérité divine, ce n’est pas comme préférer la fraise à la vanille, non, si vous pensez que le Chef suprême veut que vous agissiez comme Cela, ceux qui font autrement sont tout aussi mécréants que ceux qui ne font rien : ils vous donnent à penser qu’il serait possible de faire différemment donc que vous fassiez erreur ! On ne badine pas avec Le Grand Con qui nous surveille. L’important n’est pas de croire mais de croire comme il le faut.

En France, pays presque entièrement laïque depuis 1905, si les religions peuvent cohabiter sans se foutre sur la gueule tout en piétinant le peuple par la même occasion (comme partout dans le monde) ce n’est pas parce qu’elles sont plus « évoluées » ici qu’ailleurs, c’est juste que nos lois les privent du pouvoir législatif. Si elles en avaient le droit, elles ne s’en priveraient pas. En revanche, nous, les citoyens, avons la possibilité de critiquer les religions comme n’importe quelle idée. Alors ne nous en privons pas. Premièrement, parce que le reste du monde en est privé ; secondement, parce que croire en un Être suprême est aussi con que de croire que la Terre est plate.

Il y en a marre de cette condescendance qui nous pousse à écouter les prêchi-prêcha des uns et des autres sans pouffer de rire. Merde ! Croire en Dieu ou en Allah est aussi pathétique qu’un adulte qui serait persuadé que c’est un mec bedonnant qui offre des cadeaux à Noël en dégringolant par la cheminée ! Nous allons encore passer combien de siècles à nous farcir l’histoire de l’Extraterrestre qui a créé la planète, et qui passe son éternité à regarder si nous sommes assez gentils pour lui ? Non, croire en Dieu n’est pas qu’une idée, c’est une pathologie. Cesser de manger à telle heure en Son nom, faire des processions, des prières, ou construire des monuments pour flatter l’ego du Copain imaginaire universel, c’est à vous rendre dingue !

Les poissons, les escargots, les chats, les oiseaux, les bactéries n’ont pas de Dieu, et vous pensez que ça leur manque ? On naît tous par hasard, on vit comme on peut, et on meurt trop tôt. C’est tout. Rien de moins, rien de plus. Le blasphème, c’est juste le minimum syndical, c’est une bouffée d’air pour supporter une existence qui est déjà bien assez absurde pour ne pas avoir à se farcir les règles fantasmatiques d’une divinité à la con.

Par Anthony Casanova

Par Anthony Casanova

Anthony Casanova est le directeur de publication et le rédacteur en chef du journal satirique Le Coq des Bruyères.
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