Faudrait flinguer Poutine

par | 1 Mar 2022

Cher journal,
Guerre civile, conflit, invasion, insurrection, crise, révolte, rébellion… ce sont les mots que l’on emploie pour décrire la soixantaine de guerres qui animent actuellement le monde. Si le conflit birman date de 1948, que la guerre du Tigré n’a que deux ans, et qu’on ne comprend pas grand chose à la guerre du Kivu, depuis quelques jours, nous ne pouvons qu’être effarés face à l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Car si lorsqu’on est loin des yeux on s’éloigne du cœur, à moins de 2000 km on sent bien mieux l’odeur de la poudre. Cette guerre, trop proche de nous pour être ignorée, a la particularité de nous concerner directement via cette interrogation lancinante: Et si ce salopard de Poutine finissait par nous balancer une bombe nucléaire dans la gueule?

Nos gouvernements, quelques institutions et diverses personnalités ont pu faire semblant d’ignorer que Poutine était un dictateur et un criminel en puissance, mais en le voyant débarquer dans une démocratie avec ses gros soldats, on se prend le réel en pleine tronche. Alors la question est: que va-t-on faire? Quand je dis «on», ça reste allégorique tant nous ne sommes, dans ce genre de situation, décisionnaires de rien. On regarde, on attend, et on se demande si ce que nous pensions impossible ne deviendrait pas probable.

Il est loin le temps où lorsqu’une guerre éclatait, la population partait cueillir une fleur à mettre au fusil pour s’en aller tuer l’ennemi avant que l’ennemi ne nous rende la pareille. De nos jours, en tous les cas si l’ennemi en chef a un bouton pour faire sauter la planète, le quidam n’est plus de la chair à canon mais de la plausible viande à irradiation.
Alors, on se demande à quel point on aime les Ukrainiens? Comme l’Ukraine ne fait pas partie de l’OTAN, ça nous permet de rester un peu lâches en invoquant l’alinéa 8 du paragraphe 37 du grand Manuel de savoir-vivre à l’usage des rustres et des malpolis en vigueur dans le droit international. Parce que si c’était la Turquie qui avait envahi l’Ukraine, nous aurions opté pour la règle en vigueur depuis l’école maternelle: «si tu m’emmerdes et que t’es moins fort que moi, t’ar ta gueule à la récré». Là, nous choisissons d’envoyer des armes en espérant que Poutine s’arrête gentiment avant de foutre les pieds dans un autre pays qui, manque de bol, s’attendrait en vertu de l’alinéa 2 du chapitre 5 du même manuel: à une aide militaire immédiate et sans tergiversation.

Si on ne connaît jamais le nom des victimes d’une guerre, on ne peut ignorer le nom du responsable. Mathématiquement parlant, pour qu’une guerre fasse le moins de tombes possible, il suffirait chaque fois de butter le chef plutôt que de galérer à éliminer ses millions de fantassins. Ainsi, au lieu de signer une pétition réclamant l’arrêt de la guerre, je préférerais participer à une collecte de fonds pour financer la balle, le fusil, et la personne qui nous débarrasserait de Vladimir Poutine.

Certes, c’est un vœu pieu mais pour paraphraser Brassens: si Poutine était un jobastre sans grade, il laisserait en paix ses pauvres camarades. Mais il est général, va-t-en-guerre, matamore. Dès qu’il s’en mêle, on compte les morts.

PS: c’est la 600ième parution du Coq des Bruyères, avouez que tout est dérisoire en temps de guerre, non?

Par Anthony Casanova

Par Anthony Casanova

Anthony Casanova est le directeur de publication et le rédacteur en chef du journal satirique Le Coq des Bruyères.
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