Fermer les yeux sur la liberté d’expression.

par | 19 Mar 2024

Corinne Rey, Coco, a donc été menacée de mort par des dégénérés qui ne comprennent rien au dessin. Pathétique de voir ces pauvres d’esprit qui confondent la liberté de s’exprimer et la lâcheté de menacer de mort derrière un écran. Il n’est pas possible de fermer les yeux jusqu’à ce qu’un illuminé passe de la théorie à la pratique. On est en 2024 et on est encore à déplorer la reproduction des cons à grande échelle. Je connais d’autres dessinateurs comme l’ami Alex qui ont subi des menaces avec systématiquement des plaintes portées contre les lâches. Comment faire pour sortir de ces dérives mentales qui menacent la société dans ce qu’elle a de plus cher:  l’harmonie individuelle et collective ?

Toute atteinte à la liberté de dessiner ou d’écrire, à l’école ou ailleurs doit faire l’objet de plainte et de condamnation. Le « pas de vague » doit disparaitre, c’est une question de survie. Mettre le doigt et nommer le mal; ça me rappelle la phrase d’Albert Camus: « Mal nommer les choses c’est ajouter au malheur du monde. » En passant, une autre phrase de Camus, intemporelle: « Qu’est-ce que l’Homme ? Il est cette force qui finit toujours par balancer les tyrans et les dieux. » La porte vers l’optimisme reste ouverte, c’est une obligation, une nécessité mais pour cela doit-on vivre dans des chapelles qui ne communiquent pas entre elles ? La liberté fait encore peur car l’homme qui ne réfléchit pas se nourrit d’interdits; au passage, les interdits fonds de commerce des religions entre autres.

Je veux saluer les enseignants qui continuent à éclairer les enfants dans les écoles et leur permettre d’avoir une liberté de conscience, cet état d’esprit qui peut laisser envisager l’éducation de leurs parents qui souvent pose problème. Alors des dessins humoristiques affichés dans des collèges, des lycées peuvent libérer la parole et le rire. Libérer le rire, c’est un comble, un retour en arrière mais c’est le triste constat que tout le monde peut faire. Quelque soient les formes, l’émancipation représente toujours un danger pour ceux qui ne veulent rien remettre en cause dans leur mode de non-pensée.  Alors en attendant des jours heureux comment  protéger les créateurs ? Comment ne pas céder à la peur ? Il convient d’abord que de vraies condamnations soient prononcées et qu’elles soient médiatisées. Expliquer qu’il ne faut pas déguiser le mal. Il ne s’agit pas de critiquer un dessin qu’on n’aime pas comme je l’ai entendus, il s’agit de dessiner en paix. Quand on est dessinateur, humoriste, c’est rester dans l’eau tiède qui est dérangeant. 

J’ai une profonde admiration pour les dessinateurs, caricaturistes, qui remplacent avantageusement les mots pour aller à l’essentiel. On a tous ses préférences chez les dessinateurs que ce soit pour le style ou le fond défendu. Coco fait partie des personnes que j’apprécie avec son univers qui m’est proche. Néanmoins, je n’aimerais pas son travail, je lutterais avec mes moyens pour qu’elle s’exprime. 

Alors, Coco, c’est le triste souvenir de Charlie, c’est aussi les dessins dans le Coq des Bruyères auparavant, et à titre personnel l’affiche de ma pièce « Boissons en sus » » en janvier 2010.

Je terminerai ce message de soutien avec une observation sur la censure; la censure qui s’applique à titre individuel avec les réseaux sociaux ou plus insidieuse avec des médias et pour cela prendre un peu de hauteur avec Victor Hugo et cette citation de 1830: « La censure est mon ennemie littéraire, la censure est mon ennemie politique. La censure est de droit improbe, malhonnête et déloyale. J’accuse la censure. »

Par Thierry Rocher

Par Thierry Rocher

Thierry Rocher est un auteur, comédien, humoriste qui fait où on lui dit de ne pas faire. Vous pouvez le retrouver dans la Revue de presse des Deux Ânes sur Paris Première
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