Journaliste et fier de se taire

par | 14 Mar 2023

Je voudrais aujourd’hui donner un coup de chapeau aux journalistes qui travaillent dans l’honnêteté et une déontologie sans faille même s’ils n’ont pas vraiment le temps d’aller sur le terrain de l’investigation. J’ai envie de me moquer et en même temps je compatis avec tous ceux qui s’aperçoivent dès leur début de carrière ou plus tardivement que le job qu’ils ont réussi à décrocher ne leur permet pas d’éclairer le public sur le comportement de leur patron, de celui qui les fait vivre et qui sans animer la rubrique météo fait la pluie et le beau temps. J’ai souvent ce sentiment partagé en m’imaginant dans cette situation. Et d’un autre côté, il n’y a pas à transiger sur la dignité quelque soit sa profession. J’ai repensé à cela ces derniers jours avec le comportement de Patrick Drahi et l’absence de commentaires des journalistes bien intentionnés de BFM TV. On enquête sur BFM mais pas sur le patron, il ne faut pas exagérer la conscience professionnelle. Je ne suis pas un fidèle téléspectateur de C8 mais je ne crois pas que la chaîne ait été très encline à l’investigation. Une démarche compréhensible d’une chapelle par une autre. Les vases peuvent être communicants à un moment donné dans la carrière de chacun. Drahi l’écologiste qui fait rallonger la piste d’atterrissage de 500 mètres de l’aéroport sur son île des Caraïbes pour 22 millions de dollars. L’écologie intéresse les gens mais de là à mentionner ceux qui se dédouane de la morale basique, il ne faut pas rester raisonnable. 

Pas d’exagération non plus à attendre des braves garçons de C8 face aux affaires africaines de Bolloré. Cet honnête homme bienfaiteur de la chaine qui défend ses valeurs surtout les valeurs financières qui le font avancer dans son existence que je ne qualifierai pas. Alors, pour les journalistes estampillés CNews, pas besoin d’attendre de l’investigation, une simple lecture des nouvelles de l’AFP suffirait et c’est bien sûr beaucoup demander. Imaginer le fameux Pascal Praud se lancer dans une étude du comportement du patron avec une envolée lyrique et moralisatrice dont il a le secret est un geste de bravoure qu’on peut attendre longtemps. Aussi probable qu’espérer une information d’Hanouna sur son protecteur de toujours qu’est Bolloré. Et là encore, pas une ligne au sujet de Bolloré, sur BFM TV, La protection des milliardaires sans scrupules est le dénominateur commun de ces attachés de presse qui conserveront longtemps, grâce à une servilité jamais mise à mal, leur statut de journaliste. Il faut bien vivre et ne pas se griller dans la profession. Les temps sont durs pour tout le monde. 

Alors, pour ceux qui se soucient encore d’une certaine liberté d’expression de libre pensée journalistique, le service public réunit des gens avec une mentalité différente même si la perfection n’existe pas. 

Mais, amis de l’information, restons optimistes bien sûr en gardant l’humour nécessaire qui doit permettre de faire face à ceux qui se prennent au sérieux pour s’asseoir sur leur dignité.

Une parenthèse finale pour dire que que fin avril sortira un nouveau livre « Les bonnes raisons de ne pas avoir tort » (Editions du Net) et toujours disponibles « L’Expert et Qi Shi Tsu » (Editions du Net) et le roman « La mort en partage » (Editions de Borée)

Par Thierry Rocher

Par Thierry Rocher

Thierry Rocher est un auteur, comédien, humoriste qui fait où on lui dit de ne pas faire. Vous pouvez le retrouver dans la Revue de presse des Deux Ânes sur Paris Première
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