La solidarité contre ma bite

par | 27 Avr 2022

L’homme avec un «h» minuscule Arbore comme un galon La ridicule petite virgule Qui fait boussole dans le pantalon.

La guerre en Ukraine et les images de ces pauvres gens fuyant l’horreur ont tendance à bouleverser nos certitudes. La certitude qu’il n’y aurait plus de guerre en Europe, la certitude que la Troisième Guerre mondiale n’aura pas lieu… la certitude qui n’est, au final, qu’un autre mot pour exprimer son espérance de ne jamais avoir à prendre une bombe sur la gueule.

Face aux ignominies causées par Poutine, même Robert Ménard, le calamiteux maire de Béziers, a déclaré:
«J’ai dit, écrit, publié à Béziers un certain nombre de choses, par exemple au moment des combats en Syrie et en Irak, sur l’arrivée des réfugiés chez nous… que je regrette, que j’ai honte d’avoir dites et faites. Parce que moralement, ce n’était pas bien. Il n’y a pas deux sortes de victimes. (…) Ce « deux poids, deux mesures » n’est pas glorieux pour nous, pour moi. Ce n’est pas une erreur, c’est une faute».

Oui, parfois, les grands évènements nous révèlent. Courageux ou froussard, héroïque ou apathique. Deçà delà de la moyenne, on se pensait ceci mais nous sommes cela. 
Or, il existe des hommes qu’un destin heureux a mis à l’abri des vicissitudes de la condition humaine. Eux, lorsqu’ils regardent des gens fuyant la guerre, ils se disent que c’est une bonne occasion d’en profiter. La misère des uns fait le profit des autres, et il n’y a aucune raison pour que les autres ne soient pas eux. Ainsi, depuis le début de la guerre en Ukraine, les agences matrimoniales sont submergées par les demandes de rencontres avec des Ukrainiennes. Tu fuis l’horreur? Viens écarter les cuisses en échange du gît et du couvert que tu prépareras. On ne le répétera jamais assez, le sort du dernier des damnés de la Terre sera toujours plus enviable que celui de sa femme.

Une femme dans un pays en guerre peut mourir mais, avant, le soldat essayera toujours de la violer. Une femme qui s’échappe d’un pays en guerre peut être aidée mais elle trouvera toujours sur son chemin un mec qui lui demandera de se prostituer en échange de sa «solidarité». D’ailleurs ne minimisons pas la complicité de ces «agences matrimoniales» qui proposent, même en temps de paix, «de rencontrer l’amour» avec une personne d’un pays pauvre. L’amour, cette belle excuse; puisqu’en réalité, elles ne font se rencontrer qu’une femme d’un pays pauvre avec un homme d’un pays riche. Jamais le contraire, et jamais pour partir vivre «heureux et amoureux» dans le pays pauvre en question. Non, car si l’on creuse un peu, on sait que ces agences matrimoniales se font passer pour Cupidon alors qu’elles ne sont que des proxénètes vaguement édulcorés.

Dans tous les cas, ce sera toujours une femme qui se retrouvera confrontée à ce paradoxe pour ne pas dire cette fatalité: Est-ce le cul d’une femme qui la prive de son humanité ou la bite de l’homme qui le conduit à l’inhumanité? 

Par Anthony Casanova

Par Anthony Casanova

Anthony Casanova est le directeur de publication et le rédacteur en chef du journal satirique Le Coq des Bruyères.
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