L’homme de gauche et le gauchiste

par | 17 Nov 2020

Alors que l’actualité faisait le ping pong entre le coronavirus et les élections américaines, nous pensions qu’hormis un nouvel attentat rien ne pouvait bouleverser ce duel informatif. C’était sans compter sur Jean-Luc Mélenchon. Ainsi, alors qu’on ne lui demandait rien, il s’est dit que ça faisait un peu trop longtemps que l’univers ne parlait plus de lui, et il fit donc l’annonce tant attendue que personne n’attendait en se déclarant candidat aux élections présidentielles françaises de 2022.

Fort de ces nombreuses défaites électorales, il ne pouvait, logiquement, que conclure qu’il était le leader incontesté de la gauche. Mais attention, une candidature de Mélenchon ça se mérite! C’est pourquoi il a posé sa condition: «Je suis prêt et je propose ma candidature à l’élection présidentielle de 2022. Mais, il y a un mais. Je demande une investiture populaire de 150 000 signatures». Pourquoi ce chiffre? Pourquoi pas un million ou simplement le sien puisque pour lui, dont la personne est sacrée, seul son avis est majoritaire? A y réfléchir, 150 000 signatures c’est à peine plus que le résultat de Vincent Peillon à la primaire de la gauche de 2017… Benoît Hamon, en comparaison, avait réuni lors des primaires les 150 000 citoyens mais en y ajoutant plus d’un million de voix… mais qu’importe car pour Mélenchon, la mégalomanie a ses raisons que la démocratie ignore.

La gauche se laissera-t-elle tenter? se demandent avec une pointe d’ennui le journaliste avisé et l’électeur distrait. Oui et non, comme dirait Macron. Il faut bien comprendre que la gauche est plurielle, et qu’elle est représentée par l’homme de gauche et le gauchiste.
– L’homme de gauche est soucieux de l’équité sociale, de l’égalité des droits, de la préservation de l’environnement, de l’accès pour tous à la santé et à l’éducation, il comprend la nécessité de la laïcité, de la culture, et de la protection de la vie privée.
– Le gauchiste, c’est une autre histoire. Le gauchiste est un être fragile qui ferait passer les prépubères pour des modèles de sérénité. 
Le gauchiste est tout ou rien avec une prédilection pour le rien. Ayant la force émotionnelle d’un cochon d’Inde en état de stress, il ne peut survivre qu’en étant un offensé, un indigné, un choqué, voire un insoumis qui redécouvre le stade anal à chaque fois qu’il débite une idée que lui a préalablement soufflée je ne sais quel gourou parfumé à la bière tiède.
Le gauchiste aime Che Guevara, Trotski, la bande de Gaza, Denis Robert et Rokhaya Diallo.
Le gauchiste fait partie de cette minorité bruyante persuadée que geindre sur les réseaux sociaux décuple leur troupe. Si, tel son alter ego d’extrême droite, il apprécie les complots et trouve que la démocratie est une dictature masquée, il se distingue de ce-dernier par un complexe de supériorité: si le «facho» a des idées à la con pour sauver la nation; le gauchiste, lui, a des solutions pour sauver le monde.
Si le gauchiste est attendrissant lorsqu’il a vingt ans, il devient grotesque dès qu’il n’a plus l’excuse de cette douce ignorance que l’on prête aux «jeunes». 

Il y a une dizaine d’années, Jean-Luc Mélenchon semblait n’être qu’un nuisible qui, afin de haranguer la foule, préférerait mettre la gauche dans un cercueil pour s’en servir de marchepied. Finalement, ce n’est qu’un vieillard en pleine crise d’acné. A l’instar de L’Étrange Histoire de Benjamin Button, Mélenchon suit le parcours intellectuel inverse d’une personne attirée par les idées de gauche: il a commencé sa carrière politique en étant un tout jeune sénateur pour finir en délégué de classe d’une obscure discipline des Sciences humaines.
Vous verrez que dans deux ans, il ira rejoindre Philippe Poutou et Arlette Laguiller à l’hospice du Château de sable pour un ultime touche-pipi prolétarien en jouant à recompter leurs électeurs imaginaires… n’est-ce pas mignon, un rêve d’enfant?

Par Anthony Casanova

Par Anthony Casanova

Anthony Casanova est le directeur de publication et le rédacteur en chef du journal satirique Le Coq des Bruyères.
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