Macron fait le mariolle

par | 25 Mai 2021

Avez-vous entendu parler de ce défi ahurissant lancé par Emmanuel Macron aux youtubeurs McFly et Carlito ? Ça y est ! Le petit concours de kikis des trois zigotos est « dans la boîte ». Près de quarante minutes de gloussements beaufs et de démonstrations de testostérone. Le tout saupoudré de bons sentiments téléphonés.

Petit rappel des faits : en février, les influenceurs, très en vogue chez les moins de vingt ans, sont contactés par l’Élysée (bande de chanceux ! Des images « croquignolesques » du chef de l’État leur lançant le défi sont toujours visibles sur la toile). Objectif ? Créer une vidéo incitant les « d’jeuns » à respecter les gestes barrières. Si les dix millions de vues sont atteintes, alors les deux trentenaires pourront venir tourner au palais présidentiel. Alléchant n’est-ce pas ? Petite condition posée par les humoristes : Macron devra se soumettre à un concours d’anecdotes, jeu consistant à deviner si oui ou non l’histoire racontée par l’adversaire est vraie. Engouement subit ! Le service com’ est lui-même ravi de cette opportunité, offerte sur un plateau au président-(futur)candidat. 

Après moult péripéties, ce fameux concours a finalement eu lieu. Un spectacle assez embarrassant, tant pour la fonction présidentielle et son incarnation que pour l’image de la jeunesse. Si l’on croyait que la communication n’avait pas encore achevé la politique, il semble que ce soit désormais chose faite. Entre coup de fil à Mbappé, jurons à gogo et obsession pour l’Olympique de Marseille – il suffit de regarder les stats de Ligue 1 pour comprendre qu’elle n’a pas lieu d’être –, l’image d’un Emmanuel Macron jupitérien a complètement fondu au profit d’un jeune flambeur péteux, curieux par paternalisme de ses congénères huppés d’internet. En lui fournissant un relai aussi puissant que leur communauté d’abonnés, MacFly et Carlito ont été les meilleurs attachés de presse dont on puisse rêver. Partout, le défi a fait le buzz. Immense coup de com’ pour les deux parties, alors même que les youtubeurs se défendaient de prendre part à une campagne politique qui ne dit pas son nom. Le pire, sans doute, est que la pauvreté de leurs connaissances en la matière fut un atout certain pour le chef de l’État.

D’autre part, en s’adressant à un public réputé, depuis plusieurs années, inatteignable (selon un sondage publié en avril par Le Monde, l’abstention est le premier parti des primo-votants), le président essentialise – voire déprécie ! – toute une catégorie de la population, la cantonnant à de l’humour peu recherché, sans intelligence ni finesse. Comme si le seul intérêt de cette tranche d’âge résidait dans les vannes potaches des deux influenceurs. Le plus malheureux, c’est qu’Emmanuel Macron n’a pas complètement tort de généraliser. Non seulement la majorité des « d’jeuns » ont réellement délaissé les canaux médiatiques traditionnels. Mais force est de constater que le format plaît à tout le monde, ou presque. Au point de ne pas être dérangé outre mesure de passer par deux guignols – aussi mauvais soient-ils – pour avoir l’honneur de connaître les moindres secrets du chef de l’État. Pour faire (plus ou moins) partie de cette génération, je concède avoir pris un certain plaisir voyeuriste devant ce numéro de dupes. Et il y a franchement de quoi avoir honte.

Par Gaston Lécluse

Par Gaston Lécluse

Élevée en bonne petite gauchiste, Gaston Lécluse est devenue la fierté de la famille en infiltrant un journal de droite. La seconde partie du plan : épouser un lepéniste influent et continuer d’ausculter le patriotisme, le nationalisme et l’extrême droite. Même si, en vrai, c’est pour déguster des petits fours à l’Élysée quand Marine sera présidente. Pour elle, le blasphème est une religion et la prière une hérésie. Recrutée au Coq par mégarde.
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