Mainmise sur l’utérus

par | 10 Mai 2022

Cher journal,
Si, bien avant la Lune, l’Homme affirma que sa plus belle conquête fut le cheval, c’est sans doute parce qu’il pensait que les femmes étaient un dû. Certes, conquérir s’emploie aussi bien en temps de guerre qu’en temps de drague mais, au final, il n’y eut qu’à imposer un balai en bandoulière pour faire de celle à qui l’on attribuait les tâches domestiques: Une domestique. Les religions qui savent si bien nous conter l’au-delà pour mieux nous assujettir ici-bas l’ont d’ailleurs formulé sans aucun détour:

«le chef de tout homme c’est Dieu, le chef de la femme c’est l’homme (Paul, Épître aux Corinthiens)», «Les hommes ont autorité sur les femmes, en raison des faveurs qu’Allah accorde à ceux-là sur celles-ci (Coran 3:34)».

La haine millénaire envers les femmes laisse à penser que si elles n’avaient pas eu des ovules que l’homme puisse féconder, elles auraient disparu de la surface du globe depuis bien longtemps. Ce qui est précieux chez la femme, ce ne sont pas ses pensées, son corps, ses désirs ou son rire, non, ce sont ses gamètes. La femme est faite pour enfanter, un point c’est tout. Sa vie importe peu du moment qu’elle laisse à son connard un héritier. C’est pour cette raison -il n’y en a pas d’autre- que le droit à l’avortement est combattu avec autant d’acharnement. La femme ne pouvant décider de ce qui la regarde puisque c’est l’homme qui en a la garde.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il n’y a rien de contradictoire à entendre les «pro-vie», qui feraient tout pour «sauver» un embryon, être toujours les premiers à défendre la peine de mort car c’est justement une pulsion de mort qui les anime. La vie, la vraie, celle qui est de l’ordre de l’existence, du choix, de la liberté, ça les dégoûte. Eux, ce qu’ils veulent, c’est jouir de la souffrance des autres. La flagellation les soulage, et ils feraient n’importe quoi pour faire du réel un enfer au nom d’un hypothétique Paradis.
D’ailleurs le pape, cette vieille mitre flasque qui compare les médecins pratiquant l’IVG à des «tueurs à gage», est la caution morale de ceux qui essayèrent, en Argentine, d’empêcher la petite Lucia, 11 ans, violée par le mec de sa grand-mère, et dont la vie était en danger, d’avoir droit à une IVG. Lucia avait finalement subi une césarienne à cinq mois de grossesse. Oui, ça les fait vibrer, ces ordures, de dire à une fillette violée qu’elle compte moins que les spermatozoïdes de son violeur.

Mais ne pensons pas que la libre disposition de soi n’est remise en cause que dans des pays «exotiques». A Monaco ou au Luxembourg par exemple, une femme n’a le droit d’avorter que si elle fut violée. Dernièrement, certains États américains envisagent de condamner à 99 ans de prison les docteurs pratiquant l’IVG et à la peine de mort celles qui le subissent.

La semaine dernière, le magazine américain Politico a révélé un potentiel revirement de la Cour Suprême américaine concernant le droit constitutionnel à l’avortement. Si ce projet aboutissait, ce serait la remise en question du droit à l’IVG dans l’ensemble des États. Ainsi, les USA vont rejoindre toutes ces heureuses contrées de part le monde où l’on préfèrera toujours une femme morte à une femme libre.

Par Anthony Casanova

Par Anthony Casanova

Anthony Casanova est le directeur de publication et le rédacteur en chef du journal satirique Le Coq des Bruyères.
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