Marlène reine du buzz

par | 25 Avr 2023

En dépit des idées reçues, ce n’est pas évident de « passer le temps » quand on a tout son temps à faire passer. Ainsi, depuis bientôt 20 ans, on entend parler du « présentéisme » : joli mot-valise combinant la présence et l’absentéisme dans le cadre du boulot. Il y a un parfum de Molière : être là sans être là, c’est à la fois un malade qui ne l’est pas, et une prose faite sans le savoir.

Auparavant, il y avait l’emploi fictif : on était payé sans jamais aller au boulot. C’était le bon temps. Tandis que là, vous devez arriver à l’heure ; vous faire un petit café histoire de dire bonjour aux collègues ; échanger quelques banalités pour savoir comment s’est passé le contrôle de math du gosse de machin ; philosopher sur les ponts du mois de mai, raconter votre envie de faire « enfin quelque chose le weekend en huit » ; puis, c’est pas tout ça, vous rejoignez votre bureau histoire d’allumer l’ordinateur pour savoir si, par hasard, un mail ne serait pas à lire… bref, il est 9h25, et il va falloir attendre 18h pour rentrer chez vous. L’ennui.

Le présentéisme ce n’est pas qu’une grosse envie de rien foutre, ce n’est pas qu’un manque de bonne volonté, il s’agit davantage de l’impossibilité – souvent justifiée – de comprendre à quoi sert réellement votre job. C’est le sentiment que peut ressentir un employé lorsqu’il se sent encore plus inutile que l’agrafeuse posée sur son bureau à l’ère du tout numérique.

L’absence de sens, tout est là. Cette angoissante certitude que l’on pourrait vous remplacer, au pied levé, par un pot de fleurs sans que ça ne trouble la vie de votre société. C’est ce qui amène le présent-absent à brasser de l’air plus que les autres, à toujours se plaindre d’être débordé car il faut une grosse tempête pour faire oublier qu’elle a lieu dans un verre d’eau.

C’est ce qui arrive à Marlène Schiappa. Rien qu’à l’intitulé de ses différents postes, vous l’entendez déjà ronfler. Elle occupe donc ses journées à chercher à faire du bruit, du buzz, pour masquer l’illusion de sa fonction. Si elle ne ramenait sa fraise que sur France Culture, sur la Chaîne parlementaire, ou en accordant une fois tous les 6 mois un entretien au Monde, on s’apercevrait très vite qu’elle n’a rien à dire sur ce qu’elle fait, pour la bonne raison qu’elle ne fait rien. Alors, elle va là où c’est uniquement le fait d’être « là » qui fera causer.

Après avoir joué à l’animatrice de télé-poubelle avec Hanouna, il fallait qu’elle se renouvelle, c’est fait : Elle est dans Playboy, magazine vaguement sulfureux il y a 50 ans, et qui n’est, aujourd’hui, qu’aussi beauf que confidentiel. Evidemment, elle ne se contente pas d’une interview, elle pose. Elle se met en scène parce que le but n’est pas de parler mais qu’on parle d’elle.
C’est grotesque, c’est pathétique et médiocre mais qu’importe, elle est la reine du buzz, c’est sa gloriole.

Or, ce n’est pas sa faute si elle jubile de son coup de com’ sans se soucier de faire tomber, aussi bas, la classe politique. C’est dû à un problème physiologique car lorsqu’on a le nez si profondément collé à son nombril, on a les intestins pour couronne, comment s’étonner alors d’avoir le cerveau qui sente la merde ?

Par Anthony Casanova

Par Anthony Casanova

Anthony Casanova est le directeur de publication et le rédacteur en chef du journal satirique Le Coq des Bruyères.
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