Militants !

par | 29 Mar 2022

En cette période électorale, une catégorie d’individus suscite mon admiration: les militants. Les candidats également mais leur état d’esprit étant tellement différent de celui du commun des électeurs qu’ils éliminent toute possibilité de comparaison. Les militants politiques sont des êtres dont l’énergie et la foi prouvent qu’ils viennent d’une autre planète. Mais ils ont une telle force qu’ils arrivent à renouveler pour avancer que je ne m’imagine pas possible d’acquérir.

Passé le cap de l’engagement sincère, la volonté de changer les choses et de procurer le bonheur à ses semblables, il y a la dure réalité. La réalité de passer son temps à être incompris. Faire face à des gens qui se moquent du bonheur qu’on cherche à leur offrir. Se retrouver face à des cons qu’on ne peut pas traiter comme tels. Tout un vocabulaire à modifier pour garder la porte ouverte et l’éventualité d’accueillir de nouveaux électeurs. Le militant doit garder le sourire, dans sa distribution de tracts sur les marchés, en se faisant rabrouer par des abstentionnistes convaincus. La violence des colleurs d’affiches opposés fait partie du folklore mais n’est pas non plus une raison de baisser les bras.

Un militant ne baisse pas les bras. C’est une démarche qui prend toute son ampleur jours après jours. La remise en cause n’est pas de mise puisque assimiler les certitudes communes au parti fait partie du cahier des charges. Vivre dans un monde parallèle entouré d’individus qui pensent selon le même schéma doit être rassurant et permettre de se ressourcer en permanence. Alors cette façon d’être et d’agir correspond à une logique qui est le moteur avec l’objectif de victoire, l’objectif d’atteindre le pouvoir pour mettre en application les propositions du programme. Et sentir qu’autour de soi, on réussit à convaincre, qu’on fait progresser ses idées qui gagnent du terrain donne de la force et provoquerait presque l’illusion qu’on a raison et que l’on est dans la vérité.

Mais si cette démarche intellectuelle est louable et compréhensible, elle suscite encore plus d’interrogation à mes yeux lorsque le discours reçoit peu d’écho favorable. Prêcher dans le désert comme on dit. Pouvoir être face à l’incompréhension ou pire à l’hostilité, une hostilité croissante et continuer à traiter avec bienveillance ceux qui vous insultent ou vous ignorent. Se battre quand on est sûr de perdre et qu’on ne sait pas qui on représente demande une abnégation hors du commun. Et cette abnégation qui ne diminue pas avec le temps témoigne d’un univers mental que je ne pourrai jamais côtoyer. Chapeau bas !

Avec ou sans ironie en fonction de l’humeur du moment. Je ne m’appesantirai pas sur la culture de l’échec qui caractérise bon nombre de personnes qui s’investissent dans la chose publique en sachant que convaincre reste leur raison d’être et d’exister. Convaincre pour se rassurer, pour se prouver qu’on a fait le bon choix. Mais il y a aussi le fait de changer de camp. Pouvoir se dire que la voie opposée est envisageable sans avouer que l’on s’est trompé. L’aveu de l’erreur est un renoncement insupportable pour un militant qui doit garder la tête haute quelles que soient les tempêtes à supporter. Et pour les vainqueurs potentiels, croire que son candidat va rassembler le peuple, que l’élan solidaire va chasser les égoïsmes, alors que, depuis bien longtemps, l’élection est un vote par défaut et l’addition de fractures sociales. Eliminer plutôt que choisir, c’est ainsi que la démocratie avance.

Au milieu de ces braves gens qui veulent changer le monde, subsiste toujours un brin de philosophie avec un auteur qui ne déçoit jamais ses lecteurs, Qi Shi Tsu qui disait: « Restons convaincus que la France profonde est peuplée de Français profonds. »

Petite parenthèse, retrouvez Qi Shi Tsu en librairie avec « L’Expert et Qi Shi Tsu » (Editions du Net) et pour entrer dans un autre univers, mon roman « La mort en partage » (Editions de Borée). Qu’on se le dise !

Par Thierry Rocher

Par Thierry Rocher

Thierry Rocher est un auteur, comédien, humoriste qui fait où on lui dit de ne pas faire. Vous pouvez le retrouver dans la Revue de presse des Deux Ânes sur Paris Première
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