Moi vouloir être chat

par | 15 Fév 2022

Cher journal,
Les utilisateurs des réseaux sociaux sont formels: rien n’est plus mignon qu’un p’tit chat. Cette jolie boule de poils, passant sa journée à chercher le meilleur endroit pour faire une sieste, peut faire fondre le cœur de celles et ceux qui le dessinent toujours en rose. Alors, lorsque le monde a appris qu’un joueur de football maltraitait son chat, le con en question est devenu, selon le journal Le Parisien, «le joueur le plus détesté d’Angleterre et de France». Son club lui a infligé l’amende «la plus lourde possible» c’est-à-dire à un retrait de deux semaines de salaire, soit environ 300 000 euros dans son cas. Les supporters l’ont salué par des huées, le sélectionneur de l’équipe de France a déclaré que son acte est «inadmissible, intolérable et d’une cruauté sans nom bien évidemment», L’équipementier sportif Adidas a rompu son contrat avec lui, le maire de Londres a fait une déclaration, etc. bref, le milieu du sport, les sponsors, le public et les politiques s’indignent.

Loin de moi l’idée de minimiser la cruauté envers les animaux car, à l’instar de Brassens, je souhaite le trépas de celles et ceux qui font du mal aux petits chats mais, car il y a un mais, j’avoue un certain dédain vis-à-vis de l’émoi de tous ces braves gens. Si j’étais vulgaire, je dirais même que toute cette bande de faux-culs m’emmerde profondément. Parce que figurez-vous que, c’est assez cocasse, tout ce beau monde de la baballe qui se joue avec les pieds s’apprête, dans quelques mois, à faire une coupe du monde au Qatar.

Une bien belle idée que l’on doit, en France, à l’ancien président de la République, Nicolas Sarkozy, et à Michel Platini. Pour que cette coupe du monde ait lieu dans cette dictature paradisiaque, il a fallu construire 8 stades, un métro et une ville pour accueillir cette joyeuse célébration du ballon rond. Or, quelques observateurs, des ONG et Amnesty International ont qualifié la réalisation de toutes ces infrastructures de «chantiers de la mort». Travail forcé et esclavagisme moderne ont coûté la vie (selon le Guardian) à plus de 6500 personnes en moins de 10 ans.

Pour résumer, c’est tout simplement et littéralement sur des cadavres que les gloires nationales du football, les supporters, les politiques et les sponsors vont vivre leur petite compétition de merde. Et nous, gentils couillons, on se demande sérieusement si un mec qui a fait du mal à son chat peut avoir l’honneur de porter le maillot tricolore lors d’une coupe du monde qui empeste déjà le sang, la souffrance et la mort. Malheureusement pour les esclaves venus principalement du Bangladesh, d’Inde et du Népal, ils n’ont pas la «mignonise» d’un chaton. 

Misères et splendeurs de notre monde moderne, pour être entendus, les esclaves ne doivent plus entonner Nabucco de Verdi mais Moi, vouloir être chat du groupe Pow wow. Dégoûtant, non?

Par Anthony Casanova

Par Anthony Casanova

Anthony Casanova est le directeur de publication et le rédacteur en chef du journal satirique Le Coq des Bruyères.
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