Palmade et les charognes

par | 28 Fév 2023

En 2022, en France, selon l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière, 3 541 personnes sont décédées à la suite d’un accident de la route. 236 000 personnes ont été blessées dont 16 000 gravement. Ces accidents, à moins qu’ils ne concernent un bus rempli d’enfants, ne dépassent jamais le petit encart dans la presse locale. Mais voilà, il y a quelques jours, c’est une personnalité connue des inconnus qui s’est retrouvée dans un amas de tôles. Eh là ! On ne rigole plus. Les médias sont sur le qui-vive: tout, tout, vous saurez tout du carambolage jusqu’à l’overdose d’huile de moteur. 

Quand une «vedette» se plante en bagnole, la première question qui se pose est: à qui la faute?
Si c’est un connard lambda le responsable: on prépare les meilleures interventions de la «vedette» en question à la télévision, on interroge amis, connaissances, anonymes pour vous expliquer à quel point cette «vedette» n’est pas qu’une «vedette» mais qu’elle est surtout un ange irremplaçable, une étoile géniale, un philanthrope discret, on vous propose un reportage sur tous les clodos que cet être d’exception aida à traverser la rue, et sur tous les braves aveugles à qui notre saint cathodique a donné deux euros parce que cette «vedette» c’était avant tout un cœur.

Mais si, par un merveilleux hasard, c’est la «vedette» qui est fautive… là, je n’ose le dire tellement c’est bon: la «vedette» qui a toujours eu un succès assurément disproportionné, on va enfin nous révéler qu’elle est avant tout une grosse merde. On va soigneusement fouiller dans ses slips sales pour vous trouver du ragot, du glauque, et ainsi la moindre rumeur sera traitée sans pincette, et livrée avec la plus grande absence de déontologie. Parce qu’on ne recule devant rien quand on doit écraser quelqu’un.

Y a un cadavre coco, on va en croquer jusqu’à en dégueuler la bile sur le dernier téléspectateur qui finira bien par nous reprocher de trop en faire. Car il ne s’agit plus d’un banal accident de la route comme il s’en produit tous les jours en France, non, c’est une abomination, c’est l’acte d’un tortionnaire, d’un monstre sans atome d’humanité. La «vedette» aurait été immorale alors, au nom de la décence, on verse sans scrupule dans l’indécence. 

Puis, si par bonheur la «vedette» se flingue, l’embellie: nous ferons une émission spéciale sur les dérives des médias qui se vautrent sans honte dans la fange en se posant la question: est-ce que les gosses qui font du cyberharcèlement n’auraient pas tout appris en regardant la télé?

Par Anthony Casanova

Par Anthony Casanova

Anthony Casanova est le directeur de publication et le rédacteur en chef du journal satirique Le Coq des Bruyères.
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