Paysans

par | 2 Mar 2021

En cette période où la foule aurait dû se presser au Salon de l’Agriculture, différents coups de projecteur sont donnés pour mettre en valeur les travailleurs de la terre. France Télévision a diffusé le film très regardé Nous paysans d’Agnès Poirier et Fabien Beziat. Une histoire de plus d’un siècle d’espérance et de désespoir, avec la mise en lumière du travail des femmes qui ont pris en mains les campagnes en périodes de guerre. L’intérêt réside également en l’explication des transitions, en particulier une qui concerne notre quotidien, le passage du productivisme à l’agriculture raisonnée, avec l’absence de perspectives pour bon nombre de jeunes agriculteurs malgré le formidable enthousiasme qui les anime. Outre le fait d’une vraie réussite dans la construction historique et de la réalisation de ce documentaire, il a été question dès le début d’un écrivain paysan qui m’est cher, que j’avais découvert dans ma jeunesse, Emilie Guillaumin et de son livre majeur publié en 1904 La Vie d’un simple. Celui qu’on a appelé « le Sage d’Ygrande » (commune de l’Allier) a marqué des générations d’agriculteurs et de passionnés des campagnes. Pionnier du syndicalisme agricole (auteur de Le syndicat de Baugignoux publié en 1912), il a été à la fois paysan, journaliste, conteur, écrivain.

Dans La vie d’un simple, premier grand roman paysan, il fait parler le Père Tiennon qui entraîne le lecteur dans la rudesse d’une histoire terrienne de la condition humaine. Guillaumin est important car il a donné à ses semblables la fierté de leur métier, la possibilité de refuser le mépris des citadins et de relever la tête. Et en ce qui me concerne, son œuvre a éclairé des pans de la littérature; cette littérature construite par des écrivains autodidactes, en marge de la littérature bourgeoise que je m’évertuais à lire. S’il ne doit pas y avoir de concurrences entre des auteurs ouvriers ou paysans et des écrivains dits bourgeois, (Proust, Larbaud, Montherlant …), j’ai toujours été fasciné par ceux qui ont réussi à conquérir le plus grand nombre avec un apprentissage des mots, de la culture qui ne doit qu’à eux-mêmes, à leur curiosité, à leur volonté. Guillaumin m’a ouvert ce champ de découvertes, il m’a permis la rencontre avec le roumain francophile, admirateur de Romain Rolland, Panaït Istrati ou le norvégien Prix Nobel de Littérature en 1920, Knut Hamsun. On est loin du monde paysan, me direz-vous ? Pas tant que ça! La curiosité, les remises en cause du passé, le sens critique, c’est aussi ce qui anime une nouvelle génération d’agriculteurs, souvent agacés d’être stigmatisés par des théoriciens de la terre loin de leur quotidien et du pragmatisme nécessaire.

Le Coronavirus et le confinement ont donné des idées de campagne à beaucoup de citadins. Pour les quelques-uns qui passeront du rêve à la réalité, il faut espérer que le regard porté sur les paysans soit fait de bienveillance sans oublier la lucidité qui permettra les changements indispensables au respect de la terre malmenée. Rien n’est jamais blanc ou noir. Il faut aussi espérer que les suicides de paysans finissent par émouvoir les mastodontes des semenciers, les fabricants d’aliments de bétail relayés par les banquiers prêteurs qui veulent le bonheur des agriculteurs, tout le monde le sait ! (Un peu d’humour !)

Paysans! De bons produits au juste prix ! Ça parait simple, c’est ça qui est compliqué.

Et si gens des villes de bonne volonté aidaient des gens des campagnes pris en otage à se débarrasser des Monsanto and co ?

On peut commencer par acheter différemment! Tiens, ça me fait penser aux producteurs de pommes-de-terre qui ont des stocks affolants actuellement ..les amis, au bout de quelque temps, les pommes-de-terre, ça germe; c’est pas génial mais c’est naturel. Une pomme-de-terre qui ne germe pas a été traitée. Pas bien. Pas bien du tout ! Alors, on se renseigne avant d’acheter!

Voilà!

Merci les bons paysans !

A bientôt !

Par Thierry Rocher

Par Thierry Rocher

Thierry Rocher est un auteur, comédien, humoriste qui fait où on lui dit de ne pas faire. Vous pouvez le retrouver dans la Revue de presse des Deux Ânes sur Paris Première
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