Quand la grève ne marche plus

par | 14 Mar 2023

Nous aurions presque tendance à l’oublier mais une grève c’est avant tout ce moment où des gens qui bossent renoncent à leur salaire pour améliorer leur condition de travail. Traditionnellement, à la tête du cortège, nous trouvons les leadeurs syndicaux qui, paradoxalement, ne renoncent pas à leur paye puisque faire grève ça fait un peu partie de leur job.
Généralement, grévistes et syndicalistes se retrouvent pour marcher d’un point A à un point B en gueulant, selon l’époque, « Le Chiffon rouge », « Bella ciao », « Motivés, motivés » ou le fameux « Pas content » si cher à ceux qui n’en ont pas bien gros dans le portefeuille.

Malheureusement, depuis quelques années, les grèves ont perdu de leur superbe. On fait grève, certes, on défile, d’accord, on pond des slogans à la con, c’est entendu, mais plus personne n’espère que le gouvernement finisse par donner raison aux manifestants. L’espoir n’y est plus. Le combat est perdu d’avance, et nous faisons semblant de l’ignorer.

D’un côté, ceux qui nous dirigent se disent qu’ils ont été élus pour appliquer un programme, et que le nombre de manifestants ne sera jamais supérieur à leurs électeurs ; et de l’autre, les syndicats comprennent qu’ils ne font plus « peur », parce qu’après le confinement de 2020, un pays bloqué un jour ou deux n’inquiète plus grand monde.
De plus, l’alternance politique ne semble pas envisageable puisque la gauche estampillée Mélenchon est bien trop clivante pour donner envie de changement. Alors, il y a dans l’air comme un désir de renverser la table.

D’ailleurs, quand il y a une alternance ce n’est pas avec le troisième ou le quatrième larron mais avec le finaliste, l’outsider, le numéro deux… et lors de la prochaine élection présidentielle cela fera 10 ans que ce rôle est interprété par l’extrême droite nouvellement appelée droite nationale. Le cocktail populisme, démagogie, complotisme et xénophobie étant à la mode dans nos démocraties, nous pouvons raisonnablement craindre que le pire soit à venir… mais ça n’émeut pas grand monde.

Notons qu’en 2027, dates des prochaines présidentielles, le suffrage universel direct fêtera ses 62 ans en France, et, pour l’instant, tout indique que nos concitoyens aient la furieuse envie de l’envoyer à la retraite.
Et bien j’ai bien peur qu’il n’y ait pas foule pour le remettre au boulot.

Par Anthony Casanova

Par Anthony Casanova

Anthony Casanova est le directeur de publication et le rédacteur en chef du journal satirique Le Coq des Bruyères.
D'autres Chroniques

Echec et mat au coup de poker

Pour une fois que les élections européennes avaient l’air d’intéresser les Français, Macron a réussi à faire en sorte qu’on n’en parle plus. Peu importe comment on analyse la stratégie du chef de...

Vive l’automobile !

Retour sur la question de l’automobile présentée fin mai à la Revue de presse de Paris Première (chronique presque intégrale) Avant les prochains départs en vacances, j’ai voulu faire le point sur...

Guillaume Meurice ou le cas d’école

Guillaume Meurice ou le cas d’école

C’est l'histoire médiatique qui dure depuis 6 mois : un humoriste d’une radio publique fait une blague dans une émission humoristique. La blague est douteuse, dans le sens où il y a un doute sur son...