Samuel Paty et l’éducation pas tout à fait nationale

par | 26 Oct 2021

Il y a un an, la France – pas dans son entièreté, à mon grand désarroi – pleurait un prof décapité par un salafiste taré. Samuel Paty n’avait fait que son travail, à savoir éduquer l’esprit critique de jeunes dont l’horizon intellectuel se limite trop souvent aux réseaux pseudo-sociaux (sans vouloir plonger dans la démagogie bas de gamme). 

Paty avait osé montrer des dessins de Charlie Hebdo, de la dessinatrice Coco notamment, représentant le prophète Mahomet. Un homme de chair et de sang, dont on peut légitimement se poser la question de l’existence, tout comme on peut douter de celle de Jésus ou de Moïse. Pourtant, on en trouvait déjà, le jour de l’attentat le 16 octobre 2020, qui pointaient du doigt le geste supposément déplacé de l’enseignant.

Un an plus tard, la République lui rend hommage. Et quel hommage ! Dans certains « temples du savoir », on approchait plutôt la contrition collective…vis-à-vis des terroristes. À SciencesPo, comme le raconte Charlie Hebdo, une succession de professeurs aux titres à rallonges s’est penchée sur le « cas » Samuel Paty, durant un colloque organisé mercredi 20 octobre. Certains n’ont pas hésité à taper sur lesdites caricatures, voyant en elles un instrument de domination et d’insulte envers les musulmans. Oubliant au passage les nombreux sont les adeptes de l’islam qui s’en contrefichent, voire qui encouragent la pratique. D’autres éminents chercheurs ont expliqué la nature intrinsèquement discriminante de ces dessins, malgré la bonne volonté de leurs auteurs. Bruno Nassim Aboudrar, de l’université Sorbonne Nouvelle, auteur du livre Les dessins de la colère, a ainsi décrit le travail de Coco au sujet d’un film raciste sur la vie de Mahomet qui avait été réalisé aux États-Unis : « Ce dessin n’avait pas d’intention raciste mais je persiste à penser que c’est un dessin intrinsèquement raciste, ce n’est pas la même chose […] Si c’est bien ce dessin qui a été montré [aux élèves de Samuel Paty], il est depuis sorti de son contexte, il est extrêmement violent. » 

Quittons le système universitaire et entrons dans de simples salles de classe. À Valence, au collège Jean Zay, un élève de 11 ans a trouvé judicieux de crier « Allah Akbar » durant la cérémonie organisée par l’établissement. Le garçon a naturellement écopé d’un avertissement et accepté de présenter des excuses. Mais son père ne l’a pas entendu de cette oreille. Défendant son fils bec et ongles, le patriarche est allé jusqu’à menacer de mettre le feu au bâtiment si la direction ne retirait pas la sanction, affirmant le droit de son rejeton à exprimer son désaccord vis-à-vis de l’enseignant assassiné. 

Autre exemple édifiant : toujours selon Charlie Hebdo, la principale d’un collège de Bourgogne-Franche-Comté a, de son côté, pris l’initiative de retirer la gerbe déposée par le maire de la ville devant son établissement. Le motif ? L’objet était jugé « clivant » par la dame, tout comme l’inscription qui l’accompagnait : « Hussard de la République. Victime d’un terroriste islamiste. » 

Paradoxalement, ces trois cas défendent des thèses qui se contredisent nécessairement : celle qui dit qu’un musulman est forcément sensible au blasphème et que son ressenti est plus important que la vie d’un homme ; celle qui donne audit musulman le droit et même le devoir d’exprimer son indignation, quelles qu’en soient les circonstances ; celle qui considère que le passage à l’acte n’est en aucun cas lié à l’islam et qu’il s’agit d’une dérive de fossoyeurs du religieux. Ceux qui auront étudié un tout petit peu de philosophie sauront que cette dernière occurrence n’est en rien logique si l’on tient compte des deux précédentes. Ceux qui justifient les premières récolteront la dernière. Pas systématiquement, certes. Mais de plus en plus souvent. Pas dans l’islam, seulement. Mais dans l’islam, maintenant.

Par Gaston Lécluse

Par Gaston Lécluse

Élevée en bonne petite gauchiste, Gaston Lécluse est devenue la fierté de la famille en infiltrant un journal de droite. La seconde partie du plan : épouser un lepéniste influent et continuer d’ausculter le patriotisme, le nationalisme et l’extrême droite. Même si, en vrai, c’est pour déguster des petits fours à l’Élysée quand Marine sera présidente. Pour elle, le blasphème est une religion et la prière une hérésie. Recrutée au Coq par mégarde.
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