Touche pas à mon Feuj

par | 7 Mai 2024

Mauvais réflexe naturel que la tentation d’essentialiser une partie de la population en fonction de sa frange plus ou moins parasitaire. En gros ou devrais-je dire en obésité sévère, ce n’est pas parce que certains jeunes sont complètement cons que tous les jeunes sont de pauvres cons. Paradoxe à part, vous remarquerez que l’on peut être un pauvre con même en étant un gosse de riches dans les couloirs de Sciences Po.
De plus, comme nous le démontrent les étudiants manifestant au bêlement de « free Palestine », chez les jeunes, les certitudes sont inversement proportionnelles à leurs connaissances… ce qui favorise un solide manichéisme à toute épreuve.

Chaque nouvelle génération ayant ses codes, son langage, ses tabous, il s’avère que la génération Z (de 1995 à 2010) a une dévotion à fleur de peau pour la lutte contre toutes les stigmatisations comme, entre autres : la grossophobie, la transphobie, l’handicapophobie, l’islamophobie voire la luposlipaphobie qui est la peur d’être poursuivi par une meute de loups autour d’une table, en chaussettes sur un parquet ciré. Or, si toutes les discriminations font s’hérisser les boutons d’acné de nos petits Z, il en existe une qui n’a pas vraiment l’air de les offusquer plus que ça : l’antisémitisme.

A mon sens, l’une des raisons est sémantique. Z n’a pas compris que l’antisémitisme est une discrimination. Z se peint les mains en rouge sans comprendre qu’il fait référence au lynchage de Juifs par des Palestiniens dans la ville de Ramallah le 12 octobre 2000… car Z était trop petit ou pas né en 2000, et qu’il doit être trop con pour effectuer une recherche sur les Internets.
A ce propos, je précise que le titre de cet édito « Touche pas à mon Feuj » n’est pas une référence à une médiocre émission de télévision mais, comme elle, un clin d’œil au slogan « Touche pas à mon pote » que la génération X scandait pour dénoncer le racisme. A cette époque, la main était jaune.
Pour que Z finisse par faire sien le combat contre la haine des Juifs, il faudrait remplacer « antisémitisme » par « juifophobie ». Là, peut-être, Z comprendrait qu’insulter, rejeter, violenter d’autres étudiants parce qu’ils sont Juifs c’est aussi méchant qu’insulter, rejeter, violenter d’autres étudiants parce qu’ils sont noirs ou gros ou homosexuels. Z a besoin d’entendre « phobie » à la fin d’un mot pour comprendre qu’il s’agit d’une discrimination.

Z a aussi besoin qu’on l’aide à comprendre que si Netanyahou est d’extrême droite, le Hamas l’est encore plus.
Z a besoin de comprendre que le Hamas c’est comme les Talibans ou Daesh : ils veulent la mort de tous les Juifs mais aussi de la communauté LGBT+, et qu’ils sont pour la soumission totale des femmes aux hommes et des hommes à Allah.
Z doit réaliser que pour défendre les musulmans, il faut combattre les islamistes car les islamistes ne tolèrent pas que l’on ne soit pas islamistes.
Z doit se réveiller et saisir que lorsque le Hamas dit « Israël est un pays qui n’a pas sa place sur notre terre » cela signifie que le Hamas veut tuer chaque Juif. D’ailleurs, Z ne devrait pas hésiter à réclamer la libération des otages israéliens au lieu de colorier ses mains aux couleurs des pogroms. Voire se soucier un peu du sort des Ukrainiens même s’ils ne sont pas en conflit avec le pays des Juifs.

Si Z pense mal c’est parce qu’on le persuade qu’il est du côté du bien. En revanche, passe jeunesse et utopie, et lorsque Z comprendra que ses égarements juvéniles sont l’œuvre de l’antisémitisme de ses ainés. Nul ne s’étonnera qu’il finisse par cracher à la gueule des leaders du NPA et de LFI.

Par Anthony Casanova

Par Anthony Casanova

Anthony Casanova est le directeur de publication et le rédacteur en chef du journal satirique Le Coq des Bruyères.
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