Une Assemblée trop virulente ? C’est son boulot !

par | 14 Fév 2023

« Affligeants », « gamins », « indignes »,… Les éditorialistes, journalistes, politiques et experts en tous genres n’ont pas de mots assez durs pour définir les débats sur la réforme des retraites à l’Assemblée nationale. Sur les bancs de gauche, surtout, les esprits particulièrement échauffés laissent libre cours à leur colère, parfois de façon puérile. Le summum du mauvais goût – concédons-le – ayant été atteint avec le député LFI Thomas Portes, lequel n’a rien trouvé de mieux que de poser en écharpe tricolore, pied sur un ballon à l’effigie du ministre du Travail Olivier Dussopt. Pour ce cliché – pris en-dehors du Bourbon –, l’élu a écopé d’une suspension de 15 jours. Voici le groupe insoumis amputé d’un de ses membres jusqu’à la fin des débats sur le projet de loi actuel.

Oui, le spectacle dans l’hémicycle n’est pas des plus reluisants et les autres bords politiques n’ont pas grand-chose à envier à l’hémisphère gauche. Qu’il s’agisse d’Olivier Dussopt lui-même, réclamant la larme à l’œil une sanction pour avoir été traité de « sexiste » par Sandrine Rousseau, ou des députés RN qui, s’ils n’ont pas encore fait trop parler d’eux sur les retraites, ont été de précieux pourvoyeurs de mèmes internet. C’est bien là que réside le problème. Si l’Assemblée nationale a toujours été un lieu de combat, d’animosité, parfois de cruelle nullité et vulgarité langagière, qu’on y a même vu dans le temps certains députés en venir aux mains, la viralité des joutes sur les réseaux sociaux font découvrir aux Français la réalité de l’exercice parlementaire, eux qui s’accrochaient sans doute à une espèce d’ « exemplarité » propre aux élus de la République. C’est que les députés eux-mêmes s’amusent à jeter de l’huile sur le feu en usant de Tik Tok et autres conneries ultra-connectées pour faire connaître l’avancement de leur travail parlementaire – mais surtout la dernière punchline balancée aux adversaires.

Spectacle déplorable, certes, mais spectacle somme toute commun, surtout dans une démocratie comme la nôtre. La violence dans l’hémicycle remplace de facto les rixes de rues et canalise les passions, y compris celles des électeurs. On l’a bien observé au moment des « Gilets jaunes », où le facteur « députés playmobils » a contribué à la fuite en avant du mouvement dont on connaît les dégradations et les heurts provoqués. La précédente législature était une véritable caisse d’enregistrement de la politique macroniste, quand l’affrontement semblait sans doute plus fin, moins frontal du moins, du temps d’Hollande-Sarko. Époque où les débats menaient rarement vers du travail constructif et l’opposition, si elle était unie et restait un adversaire de poids, n’avait aucun effet sur la politique menée par le président et ses ministres – contrairement à notre présente législature. Cela n’empêchait pas les humoristes de pasticher, déjà, l’Assemblée en cour de récréation.

Par Gaston Lécluse

Par Gaston Lécluse

Élevée en bonne petite gauchiste, Gaston Lécluse est devenue la fierté de la famille en infiltrant un journal de droite. La seconde partie du plan : épouser un lepéniste influent et continuer d’ausculter le patriotisme, le nationalisme et l’extrême droite. Même si, en vrai, c’est pour déguster des petits fours à l’Élysée quand Marine sera présidente. Pour elle, le blasphème est une religion et la prière une hérésie. Recrutée au Coq par mégarde.
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