Vache maigre

par | 21 Déc 2021

Suppression de postes chez les fonctionnaires, allongement de l’âge la retraite, explosion de la dette Covid (qu’on va faire mine de rembourser, au moins pour garder la face), décentralisation (et donc privatisations !)… Les cinq prochaines années risquent de nous faire replonger joyeusement dans l’austérité connue sous Sarkozy et Hollande. La gauche est morte – ou au moins dans le coma –, peu d’espoir qu’elle vienne nous tirer d’affaire. À droite, seule Marine Le Pen milite pour une économie sociale. Mais elle peine à mobiliser son électorat, constitué de classes populaires principalement. Zemmour est le bon élève libéral par excellence, quoique son mélange des genres – libéral sur le plan national, protectionniste à l’international – soit difficilement tenable (la France n’est pas les États-Unis). Valérie Pécresse est le profil type et désuet de la techno de droite. Elle a d’ailleurs le bon goût de se présenter comme étant « deux tiers Merkel et un tiers Thatcher ». Est-il nécessaire de rappeler que la mort de l’ancien premier ministre britannique a provoqué la liesse de la frange populaire de la population ? Au point que certains promettaient, face caméra, qu’ils iraient danser sur sa tombe. 

Macron, dans tout cela, est égal à lui-même. Libéral-libertaire, avec une touche de sécuritaire qui n’est pas pour déplaire à l’électorat de droite. Après deux ans de Covid-19, et donc d’absence de réforme, un second mandat pourrait être synonyme de blanc-seing. Sans doute les sympathisants de gauche, désespérés du casting calamiteux qu’on leur soumet, tentent-ils de se rassurer quant au chef de l’État, leur candidat par défaut. Ce serait oublier que la crise des Gilets jaunes n’a débouché que sur une « grande concertation nationale », plutôt une perte de temps blablateuse qu’un dispositif capable de réimpulser la dynamique démocratique de notre vieux système politique. La convergence des grèves engendrée par la réforme de l’assurance chômage entre décembre 2020 et janvier 2021 est un haut fait d’armes du président de la République, avec une mobilisation quasi-générale (et, concernant les services de transport, une première depuis 2007 et la loi sur les préavis de grèves permettant d’assurer un service minimum). Macron n’avait pourtant pas fléchi. 

Il aura fallu attendre qu’un petit virus venu, vraisemblablement d’Asie, ne lui vole couronne. Et son pouvoir sur l’agenda économique et budgétaire par la même occasion. Peut-être le concept de cet État protecteur, « providence » pour les détracteurs du procédé, a-t-il fait son chemin dans l’esprit du locataire de l’Élysée. Rien n’est moins sûr. Alors prions, chers amis, pour que la pandémie dure encore un peu. Avant qu’on ne nous face bouffer de la vache enragée.

Par Gaston Lécluse

Par Gaston Lécluse

Élevée en bonne petite gauchiste, Gaston Lécluse est devenue la fierté de la famille en infiltrant un journal de droite. La seconde partie du plan : épouser un lepéniste influent et continuer d’ausculter le patriotisme, le nationalisme et l’extrême droite. Même si, en vrai, c’est pour déguster des petits fours à l’Élysée quand Marine sera présidente. Pour elle, le blasphème est une religion et la prière une hérésie. Recrutée au Coq par mégarde.
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