Black (Friday) Out

par | 2 Déc 2019

Les humeurs de MYRIAM

En début de semaine, rien. Enfin, abstraction faite de la rencontre :

– de deux jeunes manifestement nés après 98, discutant avec entrain et exaltation de Gilles de Robien, et ce en l’absence de tout signe extérieur d’ébriété ou d’une quelconque pathologie psychiatrique ;

– d’une octogénaire parfaitement misenplissée et d’abord adorable, qui m’a violemment bousculée sur le trottoir d’un quartier aussi chic que son tailleur Chanel, avant de me balancer une bordée d’injures qui feraient rougir les oreilles pourtant aguerries des professionnelles de la place Clichy;

– de la patronne chinoise d’un restau aussi japonais que Marthe Villalonga, qui m’a dit tranquillou bilou qu’elle allait fermer pour partir 2 semaines en vacances (!) pour les fêtes de fin d’année et qu’elle devrait embaucher et déclarer un salarié à son retour (!!) ;
– d’un mioche de 6 mois, qui, à l’occasion d’un trajet ferroviaire, était particulièrement décidé à vagir avec ardeur et sans férir sa joie de m’emmerder un maximum d’être venu au monde ;

– d’un militant végan, participant au blocage d’un Apple Store et hurlant à qui voulait l’entendre que la révolution verte était en marche et que le capitalisme ne passerait pas, tout en prenant des photos avec son Iphone 11 ;

– d’un Kendji Girac de sous-préfecture, beuglant avec le soutien complice d’une guitare désaccordée des reprises gypsy swing de « Comme toi » et « L’important c’est d’aimer » dans un couloir du métro.

J’en avais commencé à me dire que Saturne devait être en carré avec Pluton en Marsupilami, ou un autre truc du genre.

Mais le pire était à venir, pas plus tard que quelques jours après. Et pourtant, j’en avais surmonté, des obstacles.

Respiré des gaz tout sauf hilarants en pleine manif monstre à Caracas, enduré les invraisemblables 48° omanais lors d’un trek pour détraqués,  chanté la vie au Nicaragua sur un bateau très largement moins ivre que ses occupants le long d’un fleuve pas tranquille du tout, entamé dans les brumes du petit matin tico un dialogue plutôt constructif avec un boa plutôt constrictor, subi sans (trop) trembler la colère magnitude too much de la terre papoue, fait la paix avec des poissons à grosses dents lors d’une trempette dans le si bien nommé Pacifique, imité Daphné Burki sous ma burqa vers la frontière afghane, et j’en passe.

Pourtant, rien ne m’avait préparé à cette putain d’épreuve, dont j’ai sottement, et par suffisance sans doute, si mal évalué la mortelle difficulté : acheter un canapé-convertible. Le jour du black friday.

Et pour un usage quotidien.

Vous me manquerez, camarades.

Par Myriam

Par Myriam

Passionnée de nature et de vie sauvage, Myriam a rejoint l'équipe de rédaction en pensant intégrer une revue prestigieuse sur les gallinacées en voie d'extinction. Réalisant son erreur, elle a quand même souhaité rester avec ces drôles d'oiseaux. Même quand elle n'a rien à dire, elle le dit quand même, avec un aplomb qui n'a d'égal que celui dans l'aile du Parti Socialiste. Caution féminine des plumes du Coq, elle n'hésite pas à abuser de ce privilège, et arrêtera de le faire quand les poules n'auront plus la dent dure.
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