Comme un sentiment de rien

par | 29 Juin 2021

C’est pas pour dire, mais l’ouvrir sur les résultats des régionales et des départementales plus de 24 heures après la clôture des votes et les fines analyses de tous les politologues en carton que compte la médiasphère, c’est comme pisser dans un Stradivarius, ça soulage, mais ça produit rarement un chef-d’œuvre musical. Notez, ça reste possible, on dit bien que si on colle un chimpanzé devant un clavier pour l’éternité, il finira par écrire Hamlet. Ou un bouquin de Marc Lévy. Disons un bouquin de Marc Lévy – pour être honnête, je n’ai rien contre cet auteur, il fait son travail comme les autres, en plus, il a du succès, c’est juste que j’avais envie d’être méchant et que c’est une cible facile, et je suis fatigué, ce matin, pas envie de rechercher un autre bouc-émissaire pseudo-littéraire, mais bon, on s’en tape, vite, je remets un tiret -.

Alors, évidemment, en constatant ceci, moi qui vous cause hebdomadairement de mes petites humeurs, surtout de mes petites mauvaises humeurs, me voilà comme un gland devant mon PC, à essayer de trouver quelque chose de malin à dire, en essayant dans la foulée de vous faire si ce n’est marrer, du moins sourire. Ben, c’est pas gagné, cette affaire. Parce que les résultats de dimanche ne me donnent pas particulièrement envie de rire. Ni de pleurer, d’ailleurs. Tout juste envie de reprendre un café pour me réveiller. Je me suis enfilé la matinale d’Inter pour essayer de trouver de quoi déblatérer sur la politique, les sondeurs, la médiasphère ou sur les sondages politiques dans la médiasphère, mais là, walou, macache, nib, que dalle. Je suis plus vide qu’un cubi de rosé à la fin d’un barbecue.

Attention, c’est pas pour dire que c’est pas important ce qui vient de se passer, 66, 67% d’abstention, c’est pas rien, c’est même grave. Ou pour faire pleurer Margot sur la grande désespérance du chroniqueur bimensuel sans idées, pas tellement le genre de la maison. Non, si je souligne que je n’ai rien de particulièrement intelligent ou subtil à dire sur les résultats des régionales et les départementales, c’est que je constate que je n’en ai rien, mais alors strictement rien à foutre. Plus rien à foutre que ça, ce serait compliqué, ça tendrait à donner une image assez exacte de l’infini, le dimanche soir.

Faut pas se gourer, hein, je suis allé voter hier, j’ai bien fait mon devoir civique et bien utilisé mon droit de citoyen, c’est important d’exprimer son opinion, tout ça, tout ça. J’ai même fait chier les copains qui ont absentionné comme des bêtes au nom du droit imprescriptible de l’électeur à la paresse, j’ai levé le drapeau des grands principes démocratiques et républicains, mais au fond, tout au fond de moi, je le savais bien, je n’en avais en fait rien à talquer. Tiens, c’est pas dur, je suis plus intéressé par l’Euro de foot que par ces élections.

D’aucuns me diront que c’est à cause des hommes politique, tous pourris, incapables, menteurs et tout le tremblement. Moi, je n’y crois pas, à ces reproches, dans une vie antérieure, j’en ai fréquenté quelques-uns et je pense que même s’ils foirent des trucs, c’est plus par maladresse ou impréparation que par volonté de nuire ou par avidité. Je ne dis pas qu’on dispose d’une bande de cadors comme personnel politique, faudrait pas déconner non plus, y a là une sacrée bande de pousse-mégots et de branle-panneaux de la plus belle eau, mais, n’empêche, ce ne sont pas non plus tous des crétins malhonnêtes, tant s’en faut.

En réfléchissant bien, enfin, disons en y réfléchissant mieux après un deuxième expresso – moi, je préfère Café Royal à Nespresso, c’est pas moins cher, bordel, mais c’est meilleur, surtout le ristretto -, je me dis que ce doit être ça la fatigue démocratique dont ceux qui savent nous causent dans le poste. N’avoir rien de précis à reprocher à nos dirigeants, ne pas se sentir menacé par quoi que ce soit de très grave, ne pas être victime de famine ou de misère, mais ne plus se rendre compte que son confort, humain et moral, on le doit à cette putain de démocratie. Démocratie sur laquelle tous les couillons s’essuient les pieds sans que ça ne fasse plus réagir. Par pure paresse.

Je ne sais pas si j’ai raison pour les abstentionnistes, mais vu que c’est sensiblement ce que je perçois chez deux trois de mes amis, je me dis que je ne dois pas être loin de la vérité. Enfin, d’une certaine forme de vérité, disons d’une approche d’une réalité pas trop fausse.

C’est sur ces joyeuses pensées désabusées que je vous quitte pour la saison, les vacances approchent, nous, au Coq, on ferme pour l’été, on aère le poulailler et on envoie les gallinacées aux bains de mer. Alors bonnes vacances à vous et certainement à la saison prochaine.

Par Naqdimon Weil

Par Naqdimon Weil

Naqdimon Weil est rédacteur. Il est aussi chroniqueur. Il est surtout social-démocrate universaliste, laïcard et sioniste. Il est gravement quinquagénaire et profondément provincial. Et, évidemment, il est dans le Coq.
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