Deux pour le prix d’une!

par | 30 Mar 2021

Des fois, y a trop à dire. Alors, comme le bon paysan, il faut opérer des coupes claires et réduire sa production. Donc, pour une fois, je vais faire court. Mais deux fois. Sur deux sujets totalement différents. Et tout ça, sans filet.

Tiens, pas plus tard qu’y a pas longtemps, Bertrand Tavernier est mort. C’est con. Moi, j’aimais beaucoup son cinéma et si je ne connaissais pas personnellement l’homme – la seule vedette que j’ai dans mes relations, c’est Ranson, c’est dire si j’ai une vie de merde -, j’admirais son érudition gourmande et sa passion pour le cinoche, avec cette envie de faire connaître et comprendre. Bref, le réalisateur d’Une semaine de vacances, de La Vie, et rien d’autre, de Capitaine Conan et de tout un tas de films magnifiques défuncte et ça y va des hommages. Dans toute la presse. Même dans Libé.

Ah, Libé, le journal de l’entre-soi des vieux jeunes qui ont des nostalgies gauchistes et des attachements artistiques de Gribouille. Ce pontifiant quotidien de la Gôôôche bon teint y va de sa nécro, avec en titraille de l’article, la formule « Le réalisateur prolifique et bon vivant, mémoire érudite du septième art et incarnation d’un cinéma populaire et hélas pesant, est mort « … Ah ben mon colon – normalement, cette formule utilise colon pour colonel, c’est militaire, ça exprime la surprise. Moi, je dirais plutôt « mon côlon » tant ce journal a un effet laxatif sur mon aimable personne -, si c’est ça, c’est le coup de pied de l’âne, je ne m’y connais pas. In cauda venenum, disaient les Romains quand ils n’étaient pas en train de s’empiffrer de couilles d’oursin farcies à une orgie entre voisins. Elle est pas mal, celle-là. Le troisième angle du Triangle des Bermudes de la critique, avec les Inrocks et Télérama aux deux autres coins trouve Tavernier « pesant ». Pesant, L’Horloger de Saint-Paul ? Pesant, Coup de torchon ? Pesant, Un Dimanche à la campagne ? Faut vraiment avoir des yeux de taupe amblyope et la sensibilité d’un buffet de cuisine pour balancer des couillonnades de ce calibre.

Seulement, comme ces braves gens sont engoncés dans leurs certitudes du Bien, du Beau et du Vrai, ils se la jouent à Madame Du Deffand – dont je doute sévèrement qu’ils n’aient jamais entendu parler – qui bramait à qui voulait l’entendre  » Si le public a aimé, il est bien le seul ! » – pour être honnête, on attribue cette phrase aussi à Maurois, Gide et Cocteau… -. Bref, les peigne-zezettes de Libé ont prouvé encore une fois, si besoin était, qu’ils sont bien des peigne-zezettes.

Elle est pas sauvée, la culture populaire…


Moi, j’ai la chance d’habiter Nancy, cité ducale. Y a pas, tout le monde s’accorde à dire que c’est une belle ville, avec un magnifique ensemble XVIIIᵉ, la place Stanislas, l’École de Nancy et plein, plein d’étudiants. Ça fourmille de partout, ces petites bêtes-là, ça fait vivre les troquets – quand ils sont ouverts -, ça remplit les salles de cinoches – quand on peut y aller – et ça va au concert de rock’n’roll ou de rap, va savoir – quand c’est possible d’y accéder – bref, ça fait vivre la ville.

Et de quoi, ça a besoin, un étudiant, à part du Biactol©, des capotes et d’une bouteille de Jenlain® ? De facs. Et d’écoles supérieures. Tiens, c’est bien du bol, y en des tonnes ici. Comme l’ICN – Institut Commercial de Nancy – Business School, même qu’on ajoute de l’angliche pour faire plus international et tout le tralala. Et dans ces écoles, y a des profs, si, si, j’vous jure. Et des intervenants extérieurs, qui forment les jeunes esprits curieux à devenir des leaders et des winnners, si c’est pas de la chance, ça !

Seulement, voilà, COVID oblige, les profs et les intervenants actuellement, c’est par le Oueb qu’ils enseignent, faut bien s’adapter à la situation. Donc ils causent dans le micro. Et puis, quand le cours est fini, ils coupent le micro et recommencent à jouer à Candy Crush™. Ou alors, ils oublient de couper le micro et ils tiennent des propos antisémites. Attention, pas de vagues allusions interprétables, non, non, du bon gros « Sales Juifs » qui fleure bon les années 40 et la francisque. Et là, tiens, c’est marrant, ça n’a pas du tout fait rire les étudiants de ladite école de commerce, qui ont balancé, avec raison, l’infâme à la Direction, certains même voulaient aller lui casser la gueule, ce qui, évidemment, est mal, mais fait tellement de bien.

Voilà, comme de rien, en 2021, un prof d’école supérieure de commerce, donc une personne probablement éduquée et bien intégrée dans la société tient des propos antisémites dans son quotidien.

M’est avis qu’on n’a pas le cul sorti des ronces.

Par Naqdimon Weil

Par Naqdimon Weil

Naqdimon Weil est rédacteur. Il est aussi chroniqueur. Il est surtout social-démocrate universaliste, laïcard et sioniste. Il est gravement quinquagénaire et profondément provincial. Et, évidemment, il est dans le Coq.
D'autres Chroniques

Sans eux, le déluge

Dans quelques mois, en avril 2022, il va y avoir (roulement de tambour) les élections présidentielles! Pour les médias, c'est un peu l'équivalent d'une coupe du monde de foot sauf que, cette...

Le bel été

C'est pas pour frimer, mais faut bien le reconnaître, on a quand même eu un été de merde. Enfin, moi, à tout le moins. Entre le temps pourri, les vacances annulées, les projets qui se...