Encore et encore

par | 18 Jan 2022

Tiens, tel que vous me voyez, même si vous avez du mal, parce que c’est pas évident de me zyeuter via le Réseau, mais vous allez faire un effort, tout de même, j’allais vous causer de Fabien Roussel, de son touite de défense de l’agriculture française et de la tempête de bouse qu’il a reçu à sa suite. Faut reconnaître qu’il y a de quoi se poiler un brin quand on lit les analyses en carton-pâte et les indignations en peau de lapin des nouvelles grenouilles de bénitier de l’éveillisme éveillé. Moi qui vous cause tous les quinze jours sauf que la dernière fois, pour la spéciale Charlie, j’ai loupé la date, putain que je suis con, moi, donc, ça me fait ricaner nostalgiquement de voir revenir les méthodes des stals et des Maos spontex de mon enfance, rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme, t’as l’bonjour de Lavoisier. J’étais donc posé devant mon PC, mes mains sur le clavier, un clope au bec et France Inter dans les oreilles…

Et là, c’est le drame. Oui, je sais, vous me voyez venir à 30 bornes avec mes gros sabots mais, c’est normal d’avoir des sabots quand on habite en Lorraine, vous allez conclure que je vais encore vomir ma bile sur la station publique. Et vous aurez raison, car vous êtes vachement malins et c’est un honneur d’avoir des lecteurs de votre calibre, moi, ça me touche. Non, je vous rassure, j’ai pas changé, je suis toujours aussi chafouin, mais ma meilleure amie suit un stage de Communication Non-Violente et comme elle m’en cause, j’essaye de m’y plier. Mais, en fait, c’est chiant. Donc, on oublie et je reprends où que je m’en étais arrêté, dire du mal de France Interne et de ses gentils animateurs, chroniqueurs, humouristes et journalistes, histoire de rire un peu.

Donc, c’est quoi t’est-ce que qui m’a foutu en rogne ce matin. Alors, dans l’ordre, déjà, y eu Mââme Salamé qui, interviewant je ne sais quel épidémiologiste costaud, vient balancer des affirmations sur les quatre jours d’effets secondaires du vaccin et sur les nombreuses femmes dont le cycle a été modifié par ce vaccin. J’avoue, je la trouve chouette, Mââme Salamé et pas que d’un point de vue esthétique, j’aime bien quand un pisse-copie a un peu la gnac et en plus possède un poil de culture. Mais depuis quelque temps, elle me court sur le haricot sans même le savoir. Tiens, quand par exemple, elle prend la défense de son copain Ruquier face à Sophia Aram – salut Sophia, ça va ? Bruno aussi ? Moi, ça va pas mal. Ça fait un siècle qu’on ne s’est vu, faudrait dîner ensemble à un prochain passage à Paris. Avec Ranson ? Pffff, si c’est obligé… – qui venait d’allumer l’animateur télé pour cause de propos adolescents sur la vaccination.

Donc, elle dit bien ce qu’elle veut, la charmante Léa Salamé, mais encore faudrait-il que ce soit un poil moins approximatif. Les effets secondaires, les cycles menstruels déréglés, c’est quel pourcentage de la population vaccinée, hein, au fait ? 10 % ? 25 % ? 4,78 % ? Un certain nombre ? C’est quoi ces arguments au doigt mouillé, franchement ? Tiens, pour rire, autour de moi, personne n’a eu des effets secondaires dévastateurs et aucune de mes copines ne m’a causé de variations de ses règles après la vaccination. Dois-je en tirer une loi générale et dire qu’y a pas d’effets secondaires du tout ? Sérieux, si une journaliste du calibre de Mââme Salamé se met à fonder ses questions sur des ressentis et des approximations, faut pas s’étonner de voir que le bon populo soit méfiant. Si c’est dit dans le poste, c’est qu’ça doit être vrai, hein, Marcel, vas-y, fait péter la p’tite sœur, y a marée basse… Tenir pour vrai des rumeurs ou affirmer des trucs sans chercher leur validité statistique, c’est vraiment crétin.

Mais bon, on va dire que l’époque est au relativisme et que tout se vaut, l’info vérifiée et la rumeur propagée et que le témoignage de Bibichedu57 sur doctissimo.com est aussi valable qu’une étude chiffrée, analysée et vérifiée. Ça me désole, mais il semble qu’on en soit là. Non, d’ailleurs, je me goure, on n’en est pas là, on est encore plus loin, quand un truc révélé faux fait désormais partie de l’argumentation bien sentie de ceux qui causent dans le poste. Et là, je pense à la chronique de ce lundi 17 janvier d’Alexis Le Rossignol. Pour être honnête, elle était pas mal, sa chronique, un peu douce-amère, pas hyper drôle – note, c’est pas forcément le plus tordant de la bande des humoristes de Naguy, Le Rossignol, disons qu’il mérite en moyenne un 12/20, ce qui est déjà pas mal, j’aimerais bien pouvoir en dire autant… – mais bien foutue. Et puis, paf, la boulette. La phrase qui me donne envie de tataner mon transistor et de le piétiner sauvagement comme dans les dessins animés de Tex Avery. Et encore, les jours où je suis calme.

La phrase en question ? Ben, c’est la tarte à la crème de base, la couillonnerie de tous les couillons qui couillonnent publiquement, le fameux « le nuage de Tchernobyl s’est bien arrêté à la frontière… » que nous a ressorti Le Rossignol avec les gloussements d’approbation d’usage. Raaahhh, putain de bordel de merde de mes deux, mort de mes os et autres rugissements de colère, mais c’est pas permis d’être aussi con ! Non, ce n’est pas vrai, jamais, à aucun moment, un politique de l’époque n’a dit que le putain de cumulus radioactif s’était planté à la frontière, ou sur le Rhin ou derrière les Alpes, bordel ! Vous pouvez mater toutes les interviews de l’époque, vous pouvez même reprocher – à tort, rétrospectivement – aux politiques en charge et aux spécialistes d’avoir sous-estimé sa portée et sa dangerosité, mais personne, pas le moindre sous-ministre ou le plus vague physicien n’a jamais tenu ces propos. À part le Professeur Pellerin, sur le ton de l’ironie, pour bien dire que rien n’empêcherait les particules en question de se déplacer.

Ben, on a beau le savoir, ça revient comme un boomerang, dès qu’on a une idée à attaquer, un sujet à vilipender. Ca a beau être battu en brèche par la réalité, on s’en branle, c’est rentré dans l’imaginaire collectif et donc, c’est devenu une réalité et puis c’est tout, ferme ta gueule avec tes arguments rationnels, ça vaut pas une bonne rumeur bien inquiétante. Bordel, mais c’est navrant à un point infini ce genre de trucs ! ça tient de l’acte de foi, mais c’est pas religieux, alors ça passe. Ouais, ça passe. Mais pas chez moi.

Vous me direz, t’as qu’à plus écouter Inter, si ça te fout dans des états pareils. Vous me l’avez déjà dit. Je ne vous ai pas écouté.

J’ai eu tort.

Par Naqdimon Weil

Par Naqdimon Weil

Naqdimon Weil est rédacteur. Il est aussi chroniqueur. Il est surtout social-démocrate universaliste, laïcard et sioniste. Il est gravement quinquagénaire et profondément provincial. Et, évidemment, il est dans le Coq.
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