Iago 2, le retour

par | 18 Fév 2020

NAQDIMON fait son malin

S’il y a bien un truc qui est toujours vrai, c’est que pour un scénario haletant réussi avec des rebondissements dignes de ce nom, il faut qu’il y ait un bon traître. Hitchcock disait qu’une histoire, c’est d’abord un méchant. C’est encore plus vrai avec un renégat, un félon, un parjure, une crème d’empaffé à la sauce de malfaisant, bref un bon gros pourri.

Tiens, moi qui vous cause hebdomadairement des méfaits de ce monde sur un ton courroucé, ce qui est mieux que sur une baleine carrossée – ce calembour moisi est dédié à Casanova qui déteste à la fois les jeux de mots et le poisson, même si le cétacé dont je cause n’est pas de la classe des poiscailles, et d’ailleurs, cétacé, je m’en retourne à mon propos -, je l’avoue bien humblement, autant je hais les quiproquos, les incompréhensions, les méprises et les imbroglios dans les films, autant j’adore les fourbes. Ce sont en général des personnages intéressants, malins, subtils, souvent brillants même et assez tordus pour imaginer des intrigues tellement tortueuses que Thésée lui-même s’y perdrait, et si vous ne voyez pas de quoi je cause, relisez vos Contes et Légendes de la Grèce antique, je n’ai pas que ça à foutre, moi ! 

Dans la galerie des vendus, des déserteurs, des parjures, y en a quelques-uns qui gagnent à ne pas être connus, tellement ils sont putréfiés jusqu’à l’os. D’abord, on trouve Ganelon, celui qui trahit Charlemagne et Roland, et là, c’est le drame, Roncevaux, Durandal qu’on fracasse sur un rocher basque et j’aime le son du cor le soir au fond des bois, ça, c’est de la trahison de première bourre, de la belle, de la bien ciselée, avec juste ce qu’il faut de revanche pour qu’elle en vaille la peine. Notez, dans la série bon gros salopard qui n’a honte de rien, on a aussi Iago, le sous-fifre d’Othello. Lui, rien à dire, chapeau, c’est du modèle de compétition ! Il trahit son boss, par pure haine et un rien de racisme, en plus, il colle la femme du patron dans l’affaire et ça se finit dans le sang et les larmes, de la vraiment belle trahison dorée sur tranche, à l’ancienne, franchement j’admire. 

Mais, évidemment, à tout seigneur tout honneur, il y a le traître ultime, le traître étalon, celui qu’on cite en contre-exemple absolu dans les écoles auprès des chères têtes blondes, au point que son nom est devenu symbolique de son état de sale traître, et c’est Judas, dit l’Iscariote – pourquoi l’Iscariote, bonne question, d’après Wikipédia, c’est rapport à que c’est vachement compliqué, et en plus, on s’en tape, mais c’est plus chic à dire que Judas tout court -. Parce que lui, pardon, mais ce n’est pas un vague empereur semi-barbare qu’il trahit, ce n’est pas un quelconque général vénitien allogène qu’il balance, non, c’est plus balaise que ça, c’est carrément le fils de Dieu et tout ça pour 30 deniers, soit 236,25 € au cours actuel de l’argent, ce qui n’est pas des masses pour boucaver son pote, faut bien le reconnaître. C’est sûr, Judas, c’est le champion du monde, question traîtrise. OK, d’accord, ça reste de la légende et selon les théologiens actuels, c’est même un personnage admirable, celui qui permet à Jésus de réaliser son destin, avec mort et résurrection et tout le toutim. Ce qui est un peu décevant. 

Heureusement, notre belle époque saine et sans tâche n’est pas avare de bons traîtres et y a pas plus tard qu’y a pas longtemps, un tout nouveau vient de débouler en Une des médias. Je veux bien sûr parler de Joachim Son-Forget, ex-député LREM, viré comme un malpropre rapport à des touittes tout pourri sur la sénatrice EELV Esther Benbassa – j’avoue, je n’aime pas cette dame, mais pas au point de m’en prendre à son physique, j’ai encore le sens des élégances – et qui depuis fait tout pour exister médiatiquement, rapport à ce qu’il veut se présenter en 2022, c’est vous dire le niveau de gonflage du melon du gugusse. Alors, certes, ce n’est pas lui qui a balancé les vidéos de la teub de Benjamin Griveaux, mais, en revanche, il s’est empressé de les diffuser sur l’air de « Oh, comme c’est honteux de mettre des trucs pareils en lien, tout ça, tout ça ». Gonflé à l’hélium, le Joachim, moi, là, j’admire, je révère, je congratule. Traître et faux-derche, le combo gagnant. Des engins de cette pointure, ça ne se trouve pas en soldes au coin de la rue ! 

Sauf peut-être dans le marigot politique, où, entre les crocodiles, les requins et les crabes, ça dézingue et ça balance à tout va. Ce qui fait certainement se marrer les plus cyniques d’entre nous, mais ce qui m’inquiète un tantinet quant à l’avenir de notre jolie Démocratie…

Par Naqdimon Weil

Par Naqdimon Weil

Naqdimon Weil est rédacteur. Il est aussi chroniqueur. Il est surtout social-démocrate universaliste, laïcard et sioniste. Il est gravement quinquagénaire et profondément provincial. Et, évidemment, il est dans le Coq.
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