Sous les sunlights des tropismes

par | 28 Sep 2021

Tout d’abord, je dois bien le dire, je suis très fier de ce titre. J’adore les calembours, parce qu’ils me font rire. Et parce que Casanova les déteste. Attention, je n’ai rien contre mon Rédac’chef, il est très bon et en plus, très généreux, chaque saison, il multiplie par quatre mon salaire de pigiste, d’accord, j’ai commencé à 0, mais aujourd’hui, j’en suis à 64 fois ça, ce qui est confortable. Comment ça, je suis une bille, en math ? Bon, ceci posé, à nos affaires.

Le tropisme, d’après le site http://cnrtl.fr – un site obligatoire pour tous les pisse-copies, https://crisco2.unicaen.fr/des/ pour les synonymes et https://leconjugueur.lefigaro.fr/ pour éviter les fautes de conjugaison. Oui, je sais, le dernier dépend du Figaro, mais faut être de Droite pour bien respecter les règles de grammaire, j’en laisse passer pas mal, ce qui prouve bien que je reste fondamentalement de Gauche -, c’est une « Force irrésistible et inconsciente qui pousse quelqu’un à agir d’une façon déterminée ; comportement réflexe. ». Ou, en termes moins académiques, l’habitude à la con qui fait que, même face à la preuve du contraire, on continue à croire une chose vraie et on s’empresse de s’arc-bouter sur ses positions antérieures, et non, je ne vous cause pas d’un cheval sur ses jambes arrières – oui, un bourrin, ça a des jambes, pas des pattes, c’est comme ça, faut pas chercher – mais des politiques et des analystes.

Et vu qu’on est parti pour des mois de débats et comme ils ont commencé, voilà que débarquent les tropismes de chacun. Ce qui fait que les discussions politiques, ben ça ressemble à des catalogues d’affirmations outrées de part et d’autre, mais pas à un échange intellectuel pour essayer d’arriver à une représentation de la vérité, ou du moins, d’une vérité acceptable pour les deux intervenants. D’accord, j’admets, un débat politique, c’est pas fait pour trouver un terrain commun, c’est l’occasion de démontrer ses différences, c’est sûr, si le candidat du Parti Pain au Chocolat affronte celui du Mouvement de la Chocolatine, ils ne vont pas s’amuser à chercher ce qui les unis, mais à exposer ce qui les divise, c’est le jeu.

N’empêche, vu de ma fenêtre, je trouve ça un peu couillon. Pas que chacun défende ses idées, non, ça, c’est tout à l’honneur des démocraties que chacun puisse, dans le respect des lois sur la liberté d’expression, balancer son point de vue sans être inquiété, ça, c’est bien. Non, ce qui est niais, c’est que ça devient une parole sacrée, un évangile pas moins divin que celui de Jésus et ses petits potes et qu’on tente de convertir les foules avec la formule la plus énervée et la plus con. Tiens, comme pendant la discussion de comptoir entre le petit teigneux et le gros colérique, mais si, vous voyez bien de ce dont à propos de quoi je vous parle, le pow-wow des egos surdimensionnés, le match des hubris testostéronés, la prise de bec entre Mélenchon et Zemmour. Je vous rassure, je n’ai pas suivi en direct ce match de mauvaise foi, je me suis contenté d’en choper des bouts sur le Oueb – et à chaque argument, j’ai senti ma tension qui faisait un bond de cabri, heureusement que ma belle cardiologue ne me lit pas, elle me collerait encore plus de gélules que je n’en bouffe déjà pour maintenir ma pression systolique sous les 15 – et je me demande qui a bien pu trouver de l’intérêt à cette chicorne caractérielle.

Car, franchement, moi, j’ai eu l’impression que chacun des deux contradicteurs, et dans contradicteur, y a tradicteur, vomissait sa petite doxa personnelle, en cherchant à se faire entendre sans se faire écouter. Et là, boum, tropisme en pagaille, l’ex-Figaro-man qui penche plus à Droite que la tour de Pise – suivant l’angle d’où on la regarde, évidemment, faut être logique – et le Lider Minimo en pleine diarrhée verbale gauchisante, Grand Remplacement contre Créolisation, posture contre posture, sous le regard bovino-ferroviaire – d’une vache regardant passer les trains, faut suivre, un peu ! – des deux animateurs de BFM TV, aussi utiles à ce débat qu’une cariatide à un déménagement. Je sais bien que le débat est au cœur de la Démocratie, mais si cet échange piteux est au cœur de notre démocratie, va falloir qu’elle aille vite consulter, elle a le palpitant en sale état. Oh, mort de mes os et putain de moi-même, que c’était navrant, ces SCUD verbeux, ces références moisies et ces formules à la truelle !

Notez bien, ce ne sont pas seulement les deux nigauds qui inclinent chacun vers son extrême, on en trouve plein des rigolos qui prennent du devers pour tenter de racler le fond des urnes pour gratter de l’électeur. Tiens, pas plus tard que y a pas longtemps, le commissaire européen Barnier de Les Républicains, pour faire plaisir à l’euroscepticisme classique de la Droite, voilà qu’il vomit sur l’Europe. Il a peur de rien, lui, même pas du ridicule, c’est de l’exploit de haut niveau dans la faux-culterie olympique. Ou alors Mââme Rousseau, l’enseignante-chercheuse en sciences économiques qui, dixit, « préfère des femmes qui jettent des sorts plutôt que des hommes qui construisent des EPR. », putain, bonjour le niveau de référence de l’Université ! Ce n’est plus une campagne, c’est le festival du plus arraché, de la plus barrée, des plus excités. Et dire que ça ne fait que commencer.

Mais y a mieux, y a toujours mieux ! La subtile Alice Coffin, naaan, j’déconne, la pesante Alice Coffin, sûre de son génie, qui appelle Jadot à « dégager » pour céder la place à la susnommée Sandrine Rousseau pour la Présidentielle, au nom de « l’éco-féminisme ». Elle, elle ne penche plus, elle choit, elle se vautre, elle plonge dans le tropisme le plus inepte. Hors de ma chapelle, point de salut, mort aux hérétiques et aux mécréants ! La vache, c’est Savonarole qui doit être jaloux, c’est Arnaud Amaury, légat du Pape qui aurait balancé « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens » pour entamer le massacre des Albigeois – ouais, heuuu, y a des trucs à dire sur les Albigeois et les Cathares, c’était pas de gentils allumés, non plus, mais les vrais ancêtres des Talibans, aussi… – qui se sent petit joueur.

Alors, oui, je le reconnais, il faut que les positions de chacun soient marquées pour qu’elles aient une valeur, pour qu’elles puissent, potentiellement, remporter l’adhésion électorale du bon peuple. Mais je ne suis pas certain que ça pousse le citoyen à la réflexion.

Poil à la miction.

Pour faire plaisir à Casanova.

Par Naqdimon Weil

Par Naqdimon Weil

Naqdimon Weil est rédacteur. Il est aussi chroniqueur. Il est surtout social-démocrate universaliste, laïcard et sioniste. Il est gravement quinquagénaire et profondément provincial. Et, évidemment, il est dans le Coq.
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