Super League ou le foot qui s’assume

par | 27 Avr 2021

Ce fut une nouvelle truculente durant quelques jours: 12 clubs de foot voulaient créer une «Super League» pour pallier à la crise du covid et à leurs rondelettes dettes respectives. L’idée était aussi simple qu’un virement bancaire puisque les clubs de foot les plus riches d’Europe souhaitaient faire une grosse compétition (entre eux) pour que, chaque semaine, il y ait une affiche digne d’être achetée à la carte sur les différents médias qui gèrent le bizness.
Eh oui! Les grands clubs (synonyme de riches) européens sont las de n’avoir que 5 ou 6 grands matchs (contre un club au même potentiel financier) par saison, et de devoir se coltiner le FC Péquenaud ou l’US Cul-terreux chaque semaine. Ils veulent du spectacle et des sponsors aux anges. Ils regardent les USA et se disent que la NBA (basketball) et la NFL (football américain) ont tout compris depuis plus de 50 ans puisque la Super League est leur quotidien.

Tollé chez les uns, incompréhension chez les autres, la nouvelle laissa sur les fesses les braves clubs qui ne furent pas conviés à la fête. La FIFA et l’UEFA, les deux margoulins en chef du foot, se sont offusqués de voir les «dissidents» penser uniquement au «gain financier à court terme». Tragédie grecque de pacotille, le rideau était en train de tomber sur le monde du ballon rond qui ne serait qu’un vulgaire sac de pognon, qui l’eût cru ?
Or, malgré les critiques, cette idée de championnat VIP était une excellente nouvelle car, enfin, le foot assumait ce qu’il est ou ce qu’il est devenu depuis 1995 et l’arrêt Bosman (décision juridique autorisant notamment les clubs à avoir plus de 3 étrangers dans leur équipe) voire depuis le transfert de Johan Cruyff à Barcelone, en 1973, pour les plus «romantiques»: à savoir que le football est un sport lorsqu’il se joue entre amis ou à l’échelle locale mais n’est qu’un divertissement lorsqu’il est joué entre milliardaires.

 

Certes, d’anciennes «stars» du foot, des «journalistes» sportifs et quelques dirigeants faux cul ont joué les vierges effarouchées en arguant que «c’est une honte», que ce sont «des traîtres», et en évoquant des concepts absurdes tel que «l’esprit» ou «l’essence» du football. La blague!
Le foot c’est surtout 22 hommes-sandwiches qui, feignant de représenter une ville ou un pays, se battent pour les beaux yeux de la publicité. Que de logos sur les maillots, de panneaux au bord du terrain où la pub est omniprésente. Les compétitions nationales portent même le nom d’une marque:
En France c’est la «Ligue 1 Uber Eats» (livraison de bouffe) et la «Ligue 2 BKT» (fabricant de pneumatiques indien); 
en Italie c’est la «Serie A TIM» (téléphonie mobile) et la «Serie BKT»;
en Espagne c’est «LaLiga Santander» (banque) et «LaLiga SmartBank» (banque)…

et les stades ne sont pas en reste puisqu’ils en sont arrivés à vendre leur nom. Fini le temps où un lieu racontait une histoire, on ne joue plus au Vélodrome de Marseille mais à l’Orange Vélodrome (téléphonie), le Bayern Munich n’est plus à l’Olympiastadion mais à l’Allianz Arena (assurance)… Vous me direz que c’est aussi le cas de Bercy qui se nomme désormais l’AccorHotels Arena. C’est vrai, et ça n’en est pas moins minable. Vous allez voir, qu’un jour, les noms des villes seront aussi vendus au plus offrant, et les Français auront alors la chance de partir en vacances à Nice-Moltonel ou à Concarneau-Fleury-Michon. Si le sport est toujours en avance c’est parce que le fric est son unique but.

Malheureusement, échaudés par les critiques, les «grands» ont (pour l’instant) abandonné l’idée de cette Super League. C’est l’éternel dilemme européen en politique comme en sport ou en culture: Sur le papier, l’Europe a tout pour rivaliser avec les USA mais sur le terrain on s’aperçoit qu’il ne lui manque que les tripes. 

N’en déplaise aux nostalgiques et aux rêveurs qui causent de «l’esprit» ou de «l’essence» du football, le foot ce n’était pas mieux «avant». «Avant» mais avant quoi? Avant, comme en 1978, lorsque la Coupe du monde en Argentine se jouait sous les yeux des opposants torturés et assassinés par le dictateur Jorge Videla? Avant où malgré les morts du Heysel le match pu se dérouler tranquillement ou «avant» lorsque suite à l’effondrement de la tribune de Furiani, les têtes pensantes du foot hésitèrent tout de même à jouer le match? 

«Avant» n’a rien à envier à «maintenant» car après avoir flatté Poutine, la prochaine Coupe du monde se fera au Qatar où le parfum du pétrole aura du mal à masquer l’odeur du sang des esclaves qui ont construit les stades pour permettre à tous ces calamiteux de faire mumuse avec la baballe.

Ah le foot! Ce spectacle merveilleux qui nous démontre, à chaque événement, que le chaînon manquant entre l’Homme et le con a la forme d’un ballon.

Par Anthony Casanova

Par Anthony Casanova

Anthony Casanova est le directeur de publication et le rédacteur en chef du journal satirique Le Coq des Bruyères.
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